Eben Moglen : l’innovation sous l’austérité

Eben Moglen :

l’innovation sous l’austérité

Voici une traduction d’une conférence qu’Eben Moglen a donnée il y a déjà un an à Washington en 2012, mais ses propos demeurent d’une actualité brûlante aujourd’hui. J’avais déjà traduit une de ses interventions ici. Peu de personnes parlent aussi bien que lui pour expliquer le lien entre le logiciel libre et nos libertés personnelles. Cette fois il revient nous parler non seulement de libertés, mais aussi d’économie, ce qui ne manquera pas d’intéresser tout homme politique (ou personne qui s’y intéresse). L’intégralité de cette vidéo est disponible sur la plateforme Amara qui m’a permis de la sous-titrer en français. Si des bonnes volontés ont envie de faire une relecture et d’achever la session de questions/réponses, elles sont plus que bienvenues. Bonne lecture !

— Sylvain

L’innovation sous l’austérité

(…) Je vais parler principalement d’un sujet qui est presque aussi geek que les choses dont on parle tous tout le temps, c’est-à-dire de politique économique. Je vais essayer d’en parler d’une manière moins ennuyeuse que d’habitude, mais vous me pardonnerez j’en suis sûr de commencer assez loin d’OpenSSL, nous nous en rapprocherons au fur et à mesure plus tard.

Les économies développées dans le monde, commencent toutes à connaître maintenant un état de crise fondamentalement identique. Elles sont obligées d’imposer l’austérité car les niveaux d’endettement privé ont cassé les rouages de l’économie, et la volonté des détenteurs de capitaux de prendre des gros risques avec l’argent d’autres personnes a fini par donner des résultats désastreux au cours de cette dernière décennie. Et donc l’austérité est une position inévitable et dommageable sur le plan politique pour tous les gouvernements du monde développé, et certains de ces gouvernements sont entrés dans un processus auto-destructeur, dans lequel le besoin d’imposer l’austérité et de réduire les subventions publiques et les mesures sociales pour les jeunes stoppe la croissance économique, ce qui empêche l’austérité de produire ses résultats désirables. Au lieu de supprimer de mauvaises dettes et de reprendre la croissance, nous sommes les spectateurs d’un théâtre où la troisième économie du monde, l’Union européenne, se trouve proche de voir un effondrement de sa monnaie et une génération perdue, ce qui aurait des conséquences néfastes sur toute l’économie mondiale.

Pour les décideurs politiques, je vois que peu d’entre eux sont là aujourd’hui, ils ont bien sûr mieux à faire que de nous écouter, pour les politiciens en d’autres mots, il s’agit de faire face maintenant à un problème insurmontable : comment a-t-on de l’innovation et de la croissance sous l’austérité ?

Ils ne connaissent pas la réponse à cette question, et cela devient si urgent que cela commence à miner leur contrôle politique. Des partis marginaux dans plusieurs sociétés très développées et très avancées commencent à attirer de nombreux suffrages, et à menacer la stabilité même de la capacité des décideurs économiques à résoudre (ou essayer de résoudre) le problème de l’innovation sous l’austérité.

Ce n’est une bonne nouvelle pour personne. Ce n’est bon pour personne. Nous n’avons pas d’occasion de nous réjouir de ce résultat, qui est largement le résultat de l’incompétence de ces personnes qui disent mériter tout cet argent parce qu’elles sont si intelligentes, c’est en partie la conséquence d’une lâcheté des politiciens qui leur ont laissé trop d’espace. Ce n’est pas que nous soyons ravis de voir cela arriver, mais il y a un bon côté. Peu de personnes dans le monde savent comment avoir de l’innovation sous l’austérité. Nous en faisons partie.

Nous avons produit de l’innovation sous l’austérité pendant cette dernière génération, et non seulement nous avons fait des innovations plutôt bonnes, nous avons fait des innovations dont toutes les autres personnes riches se sont attribuées le crédit. La majeure partie de la croissance qui s’est produite pendant cette période folle et mouvementée où ils ont pris de l’argent d’autres personnes et sont allés faire des paris avec, c’est de l’innovation que nous avons produite pour eux. Donc maintenant, en dépit des circonstances désastreuses que l’on peut nous aussi regretter, car le chômage est celui de mes étudiants qui obtiennent leur diplôme, de vos enfants, et de tous ces autres jeunes dont la vie sera abîmée pour de vrai par la mauvaise situation économique actuelle. Les gens qui commencent leur carrière maintenant souffriront de baisses de salaire pendant leur vie. Leurs enfants auront un moins bon départ dans la vie en raison de ce qui arrive maintenant, on ne peut pas s’en réjouir.

Mais nous avons une occasion politique très réelle, car nous avons la réponse à la question la plus importante qui fait maintenant courir tous les décideurs politiques dans le monde. Cela veut dire que nous avons quelque chose de très important à dire, et je suis venu ici ce matin principalement pour commencer la discussion sur la manière dont on devrait précisément le formuler.

Et je veux présenter une première ébauche fonctionnelle de notre argumentaire, je dis « notre » car je regarde autour de moi et je vous vois ici ce matin. Notre argumentaire sur ce que l’on doit faire avec le bazar dans lequel se trouve le monde. L’innovation sous l’austérité n’arrive pas en collectant beaucoup d’argent pour payer des intermédiaires de l’innovation. Un des aspects les plus importants de la politique économique du XXIe siècle, c’est le processus que l’on appelle la désintermédiation, quand on jargonne, elle est impitoyable, constante, et sans répit. La télévision est en train de disparaître. Je n’ai pas besoin de vous le dire, vous le savez déjà. Personne n’essaiera plus jamais de créer une encyclopédie commerciale. Les machines pourries d’Amazon, qui vous permettent de lire des livres sauf si je décide de vous les reprendre, transforment l’édition en éliminant le pouvoir de sélection des éditeurs, tout comme M. Jobs a presque détruit la totalité de l’industrie musicale sous le prétexte de la sauver. Une tâche que son fantôme est déjà en train de faire pour les éditeurs de magazines comme vous pouvez le voir.

Le Web lui-même est le résultat d’une innovation sans intermédiaires.

La désintermédiation, le mouvement d’émancipation qui nous vient du cœur même du Net, est un fait crucial sur la politique économique du 21e siècle. Elle démontre son existence tout le temps. Quelqu’un va gagner un prix Nobel en économie pour décrire en termes formels la nature de la désintermédiation. Les intermédiaires qui ont fait de bonnes affaires pendant les dix dernières années sont confinés à deux ensembles?: les assureurs pour la santé aux États-Unis, en raison d’une pathologie politique, et la finance.

Les assureurs de santé aux États-Unis sont peut-être capables de capitaliser sur une pathologie politique continuelle pour rester des intermédiaires chers et peu sûrs pour un peu plus de temps. Mais la finance s’est fait dessus dans sa propre niche, et se dégonfle maintenant, et va continuer ainsi pour quelques temps. En conséquence, comme les décideurs politiques l’observent à travers le système économique, la réalité que la désintermédiation s’établit et qu’on ne peut pas l’arrêter, elle devient un point de repère dans la définition de la politique industrielle nationale. Donc nous devons affirmer que c’est vrai pour l’innovation aussi.

La plus grande invention technologique de la fin du Xe siècle est la chose que nous appelons la grande toile mondiale, une invention qui est âgée de moins de 8000 jours. Cette invention est déjà en train de transformer la société humaine plus rapidement qu’aucune autre chose depuis l’adoption de l’écriture. Nous en verrons davantage de preuves. La nature de ce processus, cette innovation, alimente la désintermédiation, en permettant à toutes sortes de contacts humains de se produire sans intermédiaires, sans acheteurs, vendeurs, agents, ou contrôleurs, et offre un espace dans lequel se déroule une guerre pour la puissance et le pouvoir de contrôle social, un sujet auquel je reviendrai dans quelques minutes. Pour l’instant, ce sur quoi je veux attirer l’attention, c’est le fait capital que le Web lui-même est un résultat d’une innovation sans intermédiaires.

Ce que Tim a fait le premier au CERN n’était pas le Web que l’on connaît maintenant, le Web qu’on connaît a été conçu par un très grand nombre d’invividus à travers une innovation sans intermédiaires. Je me rappelle ce que j’ai écrit sur le futur des pages personnelles en 1995, et je vois plus ou moins arriver ce que je pensais qu’il arriverait. J’avais dit alors que ces quelques pages personnelles étaient des jeunes pousses, et qu’une prairie allait apparaître, et ce fut le cas.

Les réseaux sociaux ne devraient pas exister avec une faille de l’homme du milieu incluse dès le départ.

Bien sûr, comme avec toute autre innovation, il y eut des conséquences inattendues. Le navigateur rendit le Web très facile à écrire. Bien qu’on ait construit Apache, bien qu’on ait fait des navigateurs, bien qu’on ait conçu un tas de choses par dessus Apache et les navigateurs, on n’a pas rendu le Web facile à écrire. Donc une petite frappe vêtue d’un pull à capuche a rendu le Web facile à écrire, et a créé une faille de l’homme du milieu[1] dans la civilisation humaine, (petits rires dans le public) qui déclenche maintenant toute une série de maux sociaux. Mais c’est l’innovation intermédiaire dont on devrait se soucier. On a rendu tout possible, y compris malheureusement PHP, et puis des intermédiaires de l’innovation l’ont transformé en cette horreur qu’est Facebook. Cela ne s’avérera pas être, comme on peut déjà le voir d’après les marchés de la bourse, une forme d’innovation sociale particulièrement positive. Elle va enrichir quelques personnes, le gouvernement d’Abu Dhabi, un gangster russe qui a déjà plusieurs milliards de dollars, un type qui est impatient de changer de nationalité afin de n’avoir plus à payer d’impôts pour soutenir les écoles publiques, et quelques autres reliques du bazar du XXe siècle.

Mais la réalité de l’histoire dessous tout ça, c’est que si on avait eu un peu plus d’innovation sans intermédiaires, si on avait fait en sorte qu’opérer son propre serveur web soit facile, si on avait expliqué aux gens dès le tout début à quel point les journaux des serveurs sont importants, et pourquoi vous ne devriez pas laisser d’autres personnes les garder pour vous, nous serions dans une situation très différente maintenant. Le prochain Facebook ne devrait jamais exister. C’est de l’innovation des intermédiaires qui sert les besoins des capitalistes, pas ceux des gens, ce qui ne veut pas dire que les réseaux sociaux ne devraient pas exister, ils ne devraient pas exister avec une faille de l’homme du milieu incluse dès le départ. Tout le monde dans cette pièce sait cela. La question est de savoir comment on l’apprend à tout le monde.

Mais si j’ai beaucoup de considération pour tout le monde, maintenant je veux vous parler des décideurs politiques. Comment est-ce qu’on leur explique ? Et là on commence à séparer le discours en deux parties bien distinctes. Premièrement, que sait-on de la manière d’obtenir de l’innovation sous l’austérité. Deuxièmement, qu’est-ce qui empêche les gouvernements d’être d’accord avec nous là-dessus ?

Donc permettez-moi de vous présenter ma première ébauche d’un plaidoyer pour l’innovation sous l’austérité. Il est intitulé « Nous avons fait l’informatique dans les nuages ».

Tout le monde comprend cela dans cette pièce. Le sens même de ce qui est en train d’arriver aux technologies de l’information dans le monde maintenant, est en rapport avec ce qui est arrivé à la fin du XXe siècle. Nous avons imaginé qu’on pouvait partager les systèmes d’exploitation et toute la pile logicielle par-dessus. Nous l’avons fait en utilisant la curiosité des jeunes. C’était le moteur, pas le capital-risque. Nous y avions travaillé pendant 15 ans, et notre bousin tournait déjà partout, avant que le capital-risque ou les capitaux accumulés par les géants des industries de l’informatique n’investissent. Ils sont venus vers nous pas parce que l’innovation devait se faire, mais parce que l’innovation avait déjà été créée, et qu’ils avaient besoin d’en tirer les profits. C’était un résultat extrêmement positif, je n’ai rien de mal à en dire. Mais la nature de ce résultat, l’histoire qu’on a en effet vécue et que d’autres peuvent maintenant étudier, montrera comment l’innovation sous l’austérité peut se produire. C’est très bien de dire que c’est arrivé car on a suscité la curiosité des jeunes, c’est historiquement correct. Mais il y a d’autres choses à dire.

…donner aux jeunes la possibilité de bidouiller le monde réel

Ce que l’on a besoin d’exprimer, c’est que la curiosité des jeunes pouvait être excitée, car toutes sortes d’ordinateurs dans leur vie de tous les jours pouvaient être hackés. Et donc les jeunes pouvaient hacker ce que tout le monde utilisait. Cela a rendu l’innovation possible, où elle pouvait se produire, sans problème, tout en bas de la pyramide du système économique. Cela est en train de se passer autre part dans le monde de la manière dont c’est arrivé aux États-Unis dans les années 80. Des centaines de milliers de jeunes dans le monde qui hackent des ordinateurs portables, des serveurs, qui hackent des ordinateurs à usage général afin de pouvoir satisfaire leurs lubies, des lubies techniques, sociales, pour une carrière, ou juste pour s’amuser. « Je veux faire ceci, cela serait cool ». C’est la source primaire de l’innovation qui a poussé toute le développement de la grande croissance économique dans le monde ces dix dernières années. Toutes la croissance, des milliers de milliards de transactions avec le commerce électronique. Ceux d’entre vous qui sont assez vieux pour se rappeler s’être battus bec et ongle pour un système de chiffrement public, se rappelleront l’intensité de leur combat quand la politique du gouvernement états-unien était d’empêcher l’apparition dans le monde d’un marché d’une valeur de 3800 milliards de dollars de transactions de commerce électronique.

Nous étions (soi-disant) des partisans du terrorisme nucléaire et de la pédophilie au début des années 1990, et tout l’argent qu’ils ont gagné dans les campagnes de don, avec les profits d’intérêts privés, et tout le reste, c’est grâce à la mondialisation du commerce que nous l’avons rendu possible, avec la technologie pour laquelle ils voulaient envoyer nos clients en prison. Cela montre clairement à la prochaine génération de décideurs politiques, je pense, à quel point leur adhésion à des idées reçues est susceptible de contribuer au processus auto-destructeur dans lequel ils redoutent maintenant d’être entraînés. Et cela devait nous encourager à souligner encore que la meilleure façon pour qu’une innovation arrive, c’est de donner aux jeunes l’opportunité de la créer, avec des moyens qui leur permettent de créer une infrastructure avec laquelle ils pourront bidouiller le monde réel, et de partager les résultats.

Quand Richard Stallman a rédigé l’appel pour une encyclopédie universelle, lui et Jimmy Wales et moi-même étions bien plus jeunes alors, c’était considéré comme une idée fantaisiste. Cela a maintenant transformé la vie de toute personne qui sait lire dans le monde. Et cela va continuer ainsi.

Le laboratoire informatique dans la poche de chaque enfant de 12 ans est en train de se fermer.

La nature de l’innovation faite par Creative Commons, par le mouvement du logiciel libre, par la culture libre, ce qui transparaît dans le Web et dans Wikipédia, dans tous les systèmes d’exploitation libre qui font maintenant tout tourner, même l’intérieur de ces choses d’Apple fermées et vampiriques que je vois tout autour de cette pièce… toute cette innovation vient de la simple action de laisser des gamins bidouiller et de leur laisser le champ libre, ce que, comme vous le savez, on essaie aussi fortement que possible d’interdire complètement. De plus en plus, tout autour du monde, le matériel informatique de la vie de tous les jours pour des individus est fait de telle façon qu’on ne peut pas le hacker. Le laboratoire informatique dans la poche de chaque enfant de 12 ans est en train de se fermer.

Quand on est entré dans la phase 3 des négociations de la GPL3 contre l’enfermement au cours de cette dernière décennie, il y avait une certaine croyance que le but principal que M. Stallman et moi poursuivions en poussant tout le monde à ne pas verrouiller, avait quelque chose en rapport avec les films prohibés. Et on a continué à dire, « Ce n’est pas la fondation du film libre. Nous ne nous soucions pas de cela. Nous nous soucions de protéger les droits de tout le monde à hacker ce qu’ils possèdent. Et la raison pour laquelle on s’en soucie, c’est que si vous empêchez les gens de hacker ce qu’ils possèdent eux-mêmes, vous détruirez le moteur de l’innovation duquel tout le monde profite ».

C’est toujours vrai. Et c’est plus important maintenant précisément parce que très peu de personnes pensaient qu’on avait alors raison, et n’ont pas fait d’efforts elles-mêmes pour défendre ce point de vue. Et maintenant vous avez Microsoft qui dit qu’ils ne vont pas autoriser de navigateurs tiers avec des machines basées sur ARM avec Windows. Et vous avez le fantôme de M. Jobs qui essaye de trouver comment empêcher une suite libre d’exister en relation avec IOS, et vous avez un monde dans lequel le but des opérateurs réseau est de plus en plus d’attacher chaque jeune humain à un réseau propriétaire avec des terminaux verrouillés, desquels on ne peut rien apprendre, qu’on ne peut pas étudier, pas comprendre, sur lesquels pas se faire les dents, rien faire sauf envoyer des textos qui coûtent un million de fois plus qu’ils ne devraient.

Cela a une deuxième conséquence de grande importance. L’innovation sous l’austérité arrive en premier lieu car la curiosité des jeunes est suscitée par l’amélioration des situations réelles de la vie de tous les jours. La conséquence de second ordre, c’est que la population devient plus éduquée.

La désintermédiation commence à arriver dans l’éducation supérieure aux États-Unis, ce qui veut dire que cela commence à arriver dans l’éducation supérieure dans le monde entier. On a actuellement deux modèles. Coursera est essentiellement la googlisation de l’éducation supérieure, un projet dérivé de Stanford en tant qu’entreprise pour le profit, utilisant des logiciels fermés et des ressources éducatives propriétaires. MITx, qui a maintenant edX à travers la formation en partenariat avec l’université Harvard est essentiellement la réponse du monde libre, des programmes similaires et évolutifs pour l’éducation supérieure, fournis à travers du logiciel libre en utilisant des ressources éducatives. Nous avons un très gros enjeu dans le résultat de cette concurrence. Il nous importe à tous de fournir autant d’énergie que possible en soutien aux solutions qui reposent sur un programme libre que tout le monde peut modifier, utiliser, et redistribuer, et autres ressources éducatives basées sur la même politique économique.

Chaque société qui essaie en ce moment de reprendre l’innovation dans le but de redémarrer une croissance économique dans un contexte d’austérité a besoin de davantage d’éducation, qui soit disponible a un coût plus bas, et qui forme des jeunes esprits de manière plus efficace pour créer des nouvelles choses dans les entreprises. Cela ne sera pas réalisé sans précisément les formes d’apprentissage social que nous avons expérimentées. Nous avons dit depuis le début que le logiciel libre est le système éducatif technique le plus abouti au monde. Il permet à quiconque sur la planète d’accéder à ce qui se fait de mieux de ce qu’on peut faire dans l’informatique, en lisant ce qui est disponible librement, en le testant et en partageant librement les résultats. De la vraie science informatique. Des expériences, des formulations d’hypothèses, davantage d’expériences, davantage de connaissances pour l’être humain.

L’universalisation de l’accès au savoir est l’atout primordial le plus important dont nous disposions, pour augmenter l’innovation et le bien-être de l’humanité sur la terre.

Nous devions développer cela dans d’autres domaines de la culture, et de grands héros comme Jimmy Wales et Larry Lessig ont posé les bases de l’infrastructure pour le faire, nous devons maintenant faire en sorte que nos gouvernements comprennent comment aller plus loin.

Le comité directeur sur les médias et la société de l’information de la commission européenne a publié un rapport il y 18 mois dans lequel ils disaient qu’ils pouvaient scanner 1/6 de tous les livres dans les bibliothèques européennes pour le coût de 100 km de route. Cela veut dire, et c’est toujours vrai, que pour le coût de 600 km de route, dans une économie qui construit des milliers de kilomètres de route chaque année, chaque livre dans toutes les bibliothèques européennes pourrait être disponible pour l’humanité toute entière, cela devrait être fait. (quelqu’un crie « Copyright ! » dans le public) Rappelez-vous que la plupart de ces livres sont dans le domaine public, avant que vous ne me criiez « copyright ». Rappelez-vous que la majorité de ce qui représente le savoir humain n’a pas été fait récemment, avant que vous ne me criiez « droit d’auteur ». On devrait entrer dans un monde où toutes les connaissances précédemment disponibles auparavant seront universellement accessibles. Sinon on freinera l’innovation qui permet la croissance. C’est un pré-requis social. Le système du droit d’auteur n’est pas immuable, il est juste commode. Nous n’avons pas à commettre de suicide culturel ou intellectuel, de manière à maintenir un système qui ne s’applique même pas à presque tout le savoir humain important dans la plupart des disciplines. Platon n’est pas détenu par qui que ce soit.

Donc nous en sommes là, à nous demander à quoi va ressembler le système éducatif du XXe siècle, et comment il va distribuer la connaissance socialement à travers l’humanité. J’ai une question pour vous. À combien d’Einstein qui ont jamais vécu on a laissé la possibilité d’apprendre la physique ? Quelques-uns. Combien de Shakespeare ont jamais vécu et sont décédés sans apprendre à lire et écrire ? Des quantités. Avec 7 milliards de personnes dans le monde en ce moment, 3 milliards sont des enfants. Combien d’Einstein voulez-vous rejeter aujourd’hui ? L’universalisation de l’accès au savoir est l’atout primordial le plus important dont nous disposions, pour augmenter l’innovation et le bien-être de l’humanité sur la terre. Personne ne devrait avoir peur de militer pour cela parce que quelqu’un pourrait crier « droit d’auteur ».

Donc nous nous intéressons maintenant à la conséquence de second ordre, de ce qu’on comprend sur comment susciter l’innovation sous l’austérité. Améliorer l’accès aux outils qui permettent d’apprendre, adapter la technologie pour permettre aux scientifiques qui n’ont pas 20 ans de mener des expériences et de partager les résultats, permettre la continuité de la croissance de l’univers des technologies de l’information que nous avons créées, en partageant depuis ces vingt-cinq dernières années, et on pourrait connaître les plus hauts taux d’innovation qu’on puisse atteindre, en dépit d’un baisse massive des investissements dans le social qui a lieu à cause de l’austérité.

Les règles ont changé. Les gouvernements ne le savent pas.

Nous donnons aussi aux jeunes la possibilité de mieux prendre en mains leur futur économique et professionnel, un impératif inévitable si on veut avoir une stabilité politique et sociale pour la prochaine génération. Personne ne devrait se berner d’illusions sur les chances d’amélioration sociale dans des sociétés où 50% des personnes de moins de 30 ans sont sans emploi. Cela ne va pas se résoudre en leur donnant du travail à la chaîne pour faire des voitures. Tout le monde comprend cela. Les gouvernements lèvent ensemble leurs mains aux ciel sur la question de ce qu’il faut faire de cette situation. Cela explique la rapidité avec laquelle dans les systèmes de représentation proportionnelle, les jeunes gens abandonnent les partis politiques traditionnels. Quand les pirates prennent 8,3% des voix dans le Schleswig-Holstein, il est déjà clair que les jeunes gens réalisent que les décisions politiques des partis traditionnels ne vont pas porter sur leur futur bien-être économique. Et nous devons écouter, de manière démocratique, le grand nombre de jeunes gens dans le monde qui se lèvent pour affirmer que les libertés numériques et une fin de l’espionnage et de la surveillance sont nécessaires à leur bien-être et à leur capacité à créer et vivre.

La désintermédiation signifie qu’il y aura plus de prestataires de services à travers l’économie avec laquelle nous sommes directement en contact. Cela veut dire plus de travail en dehors de la hiérarchie, et moins de travail dans la hiérarchie. Les jeunes dans le monde, qu’ils soient mes étudiants en droit qui vont avoir leur licence, ou des ingénieurs informatiques qui vont débuter leur carrière, ou des artistes, ou des musiciens, ou des photographes, ont besoin de plus de liberté sur le Net, et de plus d’outils avec lesquels créer des plateformes innovantes de services pour eux-mêmes. C’est un défi que leurs aînés n’auraient pas relevé avec succès en 1955, mais nous sommes une nouvelle génération d’êtres humains qui travaillent dans de nouvelles conditions, et ces règles ont changé. Ils savent que les règles ont changé. Les indignados dans chaque parc en Espagne savent que les règles ont changé. Ce sont leurs gouvernements qui ne le savent pas.

Cela nous ramène, je vous le concède, à la question de l’anonymat, ou plutôt de l’autonomie personnelle. Un des éléments vraiment problématiques pour enseigner à la jeune génération, du moins les jeunes auxquels j’enseigne sur les questions de vie privée, c’est qu’on utilise l’expression « vie privée » pour signifier plusieurs choses assez distinctes. La vie privée veut parfois dire le secret. C’est-à-dire que le contenu d’un message est secret pour tout le monde, sauf son créateur et son destinataire. La vie privée veut dire parfois l’anonymat. Cela veut dire que les messages ne sont pas secrets, mais que lieux d’émission et de réception le sont. Et il y a un troisième aspect de la vie privée, que j’appelle autonomie dans mes cours. C’est la chance de vivre une vie dans laquelle les décisions que vous prenez ne sont pas influencées par l’accès des autres à des communications secrètes ou anonymes.

Il y a une raison pour laquelle les villes ont toujours été des moteurs de croissance économique. Ce n’est pas parce que les banquiers y vivent. Les banquiers y vivent car les villes sont des moteurs de croissance économique. La raison pour laquelle les villes ont été des moteurs de croissance économique depuis l’antiquité, c’est que les jeunes s’y déplacent pour inventer de nouvelles manières d’exister, en tirant avantage du fait que la ville est le lieu où vous échappez à la surveillance du village, et du contrôle social de la ferme. « Comment est-ce que vous allez les retenir à la ferme une fois qu’ils ont vu Paris ? » était une question sensée en 1919, et elle avait beaucoup à voir avec la façon dont le XXesiècle fonctionnait aux États-Unis. La ville est le système historique pour l’obtention de l’anonymat et la capacité à tester de manière autonome des façons de vivre. Nous le supprimons.

Il y a quelques années, c’est à dire au début de 1995, nous avions un débat à l’école de droit de Harvard sur la clé de chiffrement publique, deux paires de personnes. Dans un camp se trouvaient Jamie Gorelick, alors secrétaire d’état à la justice aux États-Unis, et Stewart Baker, alors comme maintenant employé à Steptoe & Johnson quand il ne travaille pas dans le gouvernement des États-Unis pour faire des politique sociales horribles. De l’autre côté se trouvaient Danny Weitzner, alors à la Maison-Blanche, et moi. Et on a passé l’après-midi à échanger pour savoir si on devait confier nos clés au gouvernement des États-Unis, si la puce du nom Clipper allait fonctionner, et de plein d’autres sujets très intéressants maintenant aussi obsolètes que Babylone. Et une fois tout cela fini, on a traversé le campus de Harvard pour dîner au club de la faculté d’Harvard, et sur le chemin à travers le campus, Jamie Gorelick me dit : « Eben, sur la seule base de ce que tu as dit publiquement cet après-midi, c’est suffisant pour que je donne l’ordre d’intercepter tes conversations téléphoniques. » En 1995, c’était une blague. C’était une blague de mauvais goût quand elle était racontée par un fonctionnaire du ministère de la justice états-unien, mais c’était une blague, et on a tous rigolé car tout le monde savait qu’ils ne pouvaient pas le faire.

Donc nous avons mangé notre dîner, et la table fut débarrassée et toutes les assiettes furent enlevées, et le porto et les noisettes furent emportés, et Stewart Baker me regarda et me dit « ok, détachons nos cheveux », et il n’en avait pas alors, et il n’en a pas maintenant, mais « on va détacher nos cheveux » dit Stewart, « on ne va pas poursuivre votre client M. Zimmermann. On a consacré des décennies à se battre contre les clés de chiffrement publiques, cela a plutôt bien marché, mais c’est presque terminé, on va laisser cela arriver. » Et puis il regarda autour de la table, et il dit : « mais personne ici ne se soucie de l’anonymat, n’est-ce pas ? ». Et je fus pris d’un frisson.

Et je pensai : « OK, Stewart, je comprends ce qu’il se passe. Tu vas laisser arriver le chiffrement à clé publique car les banquiers vont en avoir besoin. Et tu vas consacrer les 20 prochaines de ta vie à essayer d’empêcher les gens d’être anonymes pour toujours, et je vais consacrer les 20 prochaines années de ma vie à essayer de t’arrêter. » Jusqu’ici, je dois dire que mon ami M. Baker a fait mieux que je ne l’avais espéré, et j’ai fait pire que ce que je craignais. C’est en partie à cause du gangster avec la capuche, et en partie pour d’autres raisons. Nous sommes proches d’éliminer le droit humain de la vie privée. Nous sommes proches d’éliminer le droit humain de la libre pensée, dans votre propre maison, selon votre propre manière, sans que personne ne le sache. Quelqu’un vient de prouver dans cette pièce il y a juste quelques minutes que s’il fait des courses sur un site d’achat particulier en utilisant un navigateur, il obtient un prix différent avec un autre navigateur, car un de ses navigateurs est relié à son historique de navigation : les prix, les offres, les produits, les bonnes affaires, sont maintenant basés sur la fouille intégrale des données. Un haut fonctionnaire du gouvernement m’a confié depuis que les États-Unis ont changé la loi sur la durée de rétention de données de toute personne qui n’est suspecte de rien. Vous savez tout ça, n’est-ce pas ? Un mercredi pluvieux, un 21 mars, bien après la fermeture des commerces, le ministère de la justice et le DNI, c’est le directeur du renseignement intérieur, ont publié ensemble un communiqué de presse annonçant des changements mineurs sur les lois Ashcroft, en incluant un petit changement qui dit que toute donnée personnelle identifiable dans les bases de données du gouvernement au centre national anti-terrorisme qui concernent des personnes qui ne sont suspectes de rien ne seront plus retenues sous le coup de la loi Ashcroft pour un maximum de 180 jours, le maximum a été changé pour 5 ans, ce qui est une éternité.

En fait j’ai dit à mes étudiants dans ma salle de classe, que la seule raison pour laquelle ils avaient dit 5 ans, c’est parce qu’ils ne savaient pas faire le 8 couché dans la police (rires) pour le communiqué de presse, donc ils ont fait une approximation. Donc je discutais avec un haut fonctionnaire du gouvernement de cette conclusion, et il m’a dit « eh bien, vous savez, on est devenu conscient qu’on avait besoin d’un sociogramme complet des États-Unis ». C’est de cette manière qu’on va relier les nouvelles données aux anciennes données. J’ai dit : « parlons un peu des questions constitutionnelles à ce sujet pendant un instant. Vous parlez de nous déplacer d’une société qu’on a toujours connue, à laquelle on se réfère de manière pittoresque en tant que société libre, vers une société dans laquelle le gouvernement tient une liste de toutes les relations qu’un Américain entretient. Donc si vous allez nous déplacer depuis ce qu’on avait l’habitude d’appeler un société libre vers une société dans laquelle le gouvernement des États-Unis tient une liste de toutes les relations qu’a chaque Américain, quelle devrait être la procédure constitutionnelle pour faire cela ? Est-ce qu’on devrait avoir, par exemple, une loi ? » Il s’est contenté de rigoler. Car évidemment, ils n’avaient pas besoin d’une loi. Ils l’ont fait avec un communiqué de presse, publié un mercredi pluvieux, la nuit, quand tout le monde était rentré à la maison. Et vous vivez là maintenant.

La question de savoir s’il est possible d’avoir de l’innovation dans une situation de despotisme total est intéressante. Les Américains d’extrême-droite ou même de centre-droit ont longtemps mis en avant qu’un des problèmes avec le totalitarisme du XXe siècle, duquel ils se démarquent de manière légitime, c’est qu’il éliminait la possibilité de ce qu’ils appellent le marché libre et l’innovation. Nous sommes prêts à savoir s’ils avaient raison.

Le réseau, tel qu’il est maintenant, est une plateforme extraordinaire pour un contrôle social sophistiqué. Très rapidement, et sans remord visible, les deux plus gros gouvernements de la planète, celui des États-Unis et celui de la République populaire de Chine ont adopté des points de vue fondamentalement identiques (Applaudissements). Un sociogramme complet qui connecte le gouvernement à tout le monde, et une fouille de données exhaustives sur la société représentent tous les deux une politique majeure du gouvernement, par rapport aux différentes formes de gouvernement dont ils se réclament, dans le domaine du maintien de l’ordre. Il est vrai, bien sûr, qu’ils ont différentes théories sur la manière de maintenir l’ordre suivant les personnes ou la manière, mais la technologie pour le maintien de l’ordre devient fondamentalement identique.

Nous avons le devoir, nous, qui comprenons ce qui est en train de se passer, de nous exprimer haut et fort à ce sujet. Mais ce ne sont pas seulement nos libertés civiles qui sont en jeu. Je ne devrais pas avoir besoin de dire cela, ce serait déjà suffisant, mais bien sûr ça ne l’est pas. Nous avons besoin de dire clairement, que l’autre partie qui nous importe, c’est la vitalité et l’éclat de l’innovation artistique et de l’expression, ces débats vifs très ouverts faits par des participants sans entraves, ceux que la Cour suprême aime tant (…). Et cette liberté de bidouiller, d’inventer, d’être différent, d’être anti-conformiste, ce pourquoi les gens se sont toujours déplacés vers les villes qui leur fournissent l’anonymat, et une chance de vivre avec ce qu’ils sont, et ce qu’ils peuvent faire.

Ceci plus que tout est ce qui soutient la force sociale et la croissance économique au XXIe siècle. Bien sûr, on a besoin de l’anonymat pour d’autres raisons. Bien sûr, on touche ici à quelque chose qui peut être décrit correctement comme la protection pour l’intégrité de l’âme humaine. Mais ce n’est pas le souci du gouvernement. C’est précisément la beauté de notre interprétation de ce qu’est la société civile qui ne préoccupe pas le gouvernement. C’est précisément notre engagement pour l’idée qu’un individu se construit à son propre rythme, et selon sa propre manière, cela a été au centre de la façon dont on concevait notre engagement fondamentalement civil, cela veut dire que la défense pour l’intégrité de l’âme humaine est notre affaire, pas celle du gouvernement. Mais le gouvernement doit s’occuper du bien-être matériel de ses citoyens et il doit s’occuper sur le long terme du bien de la société qu’il dirige. Et on doit dire clairement au gouvernement qu’il n’y a pas de tension entre le maintien des libertés civiles sous la forme du droit à une vie privée, il n’y a pas de distinction entre la politique de liberté civile à assurer le droit à la vie privée, et la politique économique qui vise à assurer l’innovation sous l’austérité. Elles demandent la même chose.

Nous avons besoin de logiciel libre, nous avons besoin de matériel libre qu’on peut bidouiller, nous avons besoin d’un spectre d’outils libres qu’on peut utiliser pour communiquer avec chacun, sans permission ou sans entrave. Nous avons besoin d’être capables d’éduquer et de fournir un accès aux ressources éducatives à tout le monde sur la terre, sans considérer de solvabilité financière. Nous devons fournir un accès pour chaque jeune à une vie intellectuelle et indépendante de l’économie. La technologie dont nous avons besoin, nous l’avons. J’y ai passé du temps, et beaucoup de personnes dans cette pièce (…) ont passé plus de temps maintenant, à essayer de faire des serveurs économiques, efficaces, et compacts, de la taille d’un serveur pour téléphone portable, avec lesquels on peut utiliser les bons logiciels pour peupler le Net de robots qui respectent notre vie privée, au lieu des robots qui ne respectent pas la vie privée, ceux qu’on porte dans presque chaque poche.

Nous avons besoin de moderniser la première loi de la robotique dans cette société d’ici les quelques prochaines minutes, sinon on est foutus ! Nous pouvons le faire. C’est de l’innovation civile. Nous pouvons aider à prolonger la longue durée de vie des ordinateurs à usage général qu’ont peut tous hacker. En les utilisant, en en ayant besoin, en les distribuant autour de nous. Nous pouvons utiliser notre propre force de consommateurs et de technologistes pour déprécier les réseaux fermés et les objets verrouillés. Mais sans ligne de conduite claire dans les politiques publiques, nous resterons une minorité,allez, disons 8,3%, ce qui ne sera pas suffisant pour nous sortir du bourbier dans lequel les banques nous ont conduits.

L’innovation sous l’austérité est notre cri de guerre. Ce n’est pas un cri de guerre pour les choses dont on se soucie, mais pour celles dont les autres personnes se soucient, notre porte d’entrée pour les politiques sociales ces cinq prochaines années, et notre dernière chance de faire dans la gouvernance ce que nous n’avons pas réussi à faire en essayant de préserver nos simples libertés. Celles-ci ont été honteusement violées par nos amis du gouvernement, aussi bien que par nos adversaires. On s’est fait avoir, en ce qui concerne le respect de nos droits et on s’est fait avoir, en ce qui concerne l’argent de tout le monde.

J’aimerais pouvoir dire que la chose la plus simple à faire serait de reprendre notre liberté, ça ne l’est pas. Personne ne va être candidat aux élections cette année sur la seule base du rétablissement de nos libertés civiles. Mais ils parleront de l’austérité et de la croissance. Et nous devons faire porter notre message où ils seront.

Ceci est ma première ébauche. Elle est insuffisante en tous points, mais au moins c’est un point de départ. Et si nous n’avons pas de point de départ, nous perdrons. Et notre perte sera durable. Et la nuit sera très noire.

Merci beaucoup. Et maintenant discutons-en ensemble.

Notes

[1] la faille de l’homme du milieu est le nom qu’on donne en informatique à une vulnérabilité qui expose à la fuite d’informations censées êtres privées : voir cet article de Wikipédia.

Crédit photo Eben Moglen Wikimédia Creative CommonsCC-Zero

 

>>> Source sur : http://www.framablog.org/index.php/post/2013/07/26/Eben-Moglen-innovation-sous-austérité

Interview de Jérémie Zimmermann au sujet de PRISM

Interview de Jérémie Zimmermann au sujet de PRISM

Je vous invite à regarder cette interview très intéressante de Jérémie Zimmermann (La Quadrature du Net) sur PRISM et les menaces sur nos libertés…

 

N’hésitez pas à relayer cette vidéo dans votre entourage.

>>> Source & plus d’infos sur : http://www.youtube.com/user/thinkerview

mais aussi http://korben.info/interview-de-jeremie-zimmermann.html

Quand des partis pirates invitent l’Europe à réagir à l’affaire PRISM

Quand des partis pirates invitent l’Europe à réagir à l’affaire PRISM

Nous avons participé à la traduction d’un article co-signé par un certain nombre de partis pirates européens qui intime l’Europe à ne pas rester passive face à ce qu’il vient de se produire du côté de la NSA…

Anti PRISM

Anti PRISM

URL d’origine du document

(Traduction : Lgodard, Yoann, kenoris, zer0chain, AmarOk, Asta + anonymes)

Nous sommes consternés de découvrir une surveillance sans précédent des utilisateurs d’Internet de par le monde via PRISM et les programmes du même ordre. Des capacités de surveillance globale de telles sortes — tout particulièrement lorsqu’elles sont mises en œuvre sans accord des citoyens — sont une atteinte sérieuse aux Droits de l’Homme, à la liberté d’expression ainsi qu’à la vie privée, tous trois éléments fondateurs de nos démocraties.

Nous applaudissons Edward Snowden pour ses actions de dénonciation. Quand un gouvernement est réellement par le peuple et pour le peuple, on ne peut considérer comme un crime de diffuser des informations sur le but et l’étendue des actions que le gouvernement engage au nom de ces citoyens, dans le but revendiqué de les protéger. Un gouvernement représentatif dans une démocratie repose sur le consentement de son peuple. Cependant, un tel consentement ne peut exister lorsque les citoyens ne sont pas complètement informés.

Nous notons avec inquiétude l’absence totale de considération que le gouvernement américain montre pour les droits des citoyens européens et, plus généralement, à toute personne qui utilise les services de communication et infrastructures américains. Nous notons également l’effet négatif sur ses alliés, la souveraineté des pays concernés et la compétitivité de leurs entreprises.

L’Europe se doit de répondre à ces révélations avec la détermination nécessaire. À la lumière de ces informations, il devient nécessaire pour l’Union Européenne de ne pas rester complice de ces abus de pouvoir aux lourdes répercussions, et de s’élever au rang de pionner dans les domaines des droits numériques, de la protection de la vie privée, de la transparence gouvernementale et de la protection des lanceurs d’alertes.

Nous demandons :

1. Asile et Protection aux lanceurs d’alertes

Le gouvernement des USA a démontré – dans le cas de Bradley Manning et d’autres – que son traitement des lanceurs d’alertes est une cause de préoccupation grave. L’étiquetage public d’Edward Snowden qui apparaît comme un “traître” pour les différents responsables et les médias a créé un climat dans lequel il ne peut avoir droit à procès équitable. Il pourrait être le sujet de persécutions pour sa politique de gouvernement transparent, et sera certainement en danger de recevoir des peines ou des traitements inhumains ou dégradants, y compris la menace de la peine de mort.

Nous demandons à tous les gouvernements d’Europe de traiter avec bienveillance les demandes d’asile politique ou le statut de protection subsidiaires de M. Edward Snowden et d’autres lanceurs d’alertes, en faisant avancer rapidement d’éventuelles demandes de ce type.

2. Découvrir les faits

Il est inacceptable que des programmes secrets de surveillance contournent toute procédure démocratique et empêchent l’engagement critique et rationnel nécessaire à une démocratie pour déterminer si une action est justifiée ou non.

Nous appelons le Parlement Européen à constituer un comité d’investigation, en accord avec l’article 185 de ses règles de procédure. Les faits à établir et publier sont :

  • Quelles sont les véritables capacités de PRISM ?
  • Quels sont les flux de données et les sources qu’il utilise ?
  • Quels corps administratifs de l’UE et ses états membres ont eu connaissance ou accès à PRISM et aux programmes similaires, ou à des données issues de ces derniers ?
  • À quel point la Charte des Droits Fondamentaux, la Directive 95/46/CE sur la protection des données personnelles, la Directive du 12 juillet 2002 sur la protection de la vie privée dans le secteur des communications électroniques, ou d’autres lois européennes ont-elles été violées ?

Nous adressons cet appel à tous les parlements nationaux – afin de déterminer si les constitutions nationales, les lois de protection des données et les lois d’espionnage ont été violées.

3. Forte protection des données européennes

La proposition de loi General Data Protection Regulation en cours d’examen doit être renforcé afin d’assurer une protection plus large et plus profonde des données privées et professionnelles. Aux efforts de lobbying opposés il faut résister.

En particulier, les données des citoyens européens ne doivent pas être sciemment remises aux services d’espionnage des États-Unis d’Amérique. L’article 42 issu de la première fuite de proposition de loi, qui portait sur les mesures de protection des lois extra territoriales de pays tiers comme le Patriot Act ou encore le Foreign Intelligence Surveillance Act des USA en posant des barrières aux autorités étrangères lors de l’accès aux données européennes, doit être réintroduit. Les méta données ainsi que les pseudonymes doivent également être protégés.

D’après les principes de la “Sphère de sécurité” relatifs à la protection de la vie privée, les entreprises américaines doivent informer leurs clients lorsqu’elles permettent à des tiers d’accéder à leurs données. Il semble que les entreprises associées au programme PRISM ont violé ces dispositions. En conséquence, l’UE doit révoquer son accord à ces principes (décision n°2000/520/EC de la Commission), de telle sorte que les entreprises concernées soient soumises à la justice européenne si elles ne cessent pas ces pratiques immédiatement. La “Sphère de sécurité” doit soit être renégociée en intégrant des mesures de protection plus efficaces et plus de moyens de recours, soit être remplacée par un nouvel accord international sur la protection des données, par exemple basé sur la proposition de loi “General Data Protection Regulation”.

4. Traité international sur la Liberté sur Internet

Pour assurer qu’Internet reste une force d’autonomisation et de démocratisation plutôt que continuer d’être utilisé comme un outil limitant et réduisant la démocratie et la liberté individuelle, l’Union Européenne devrait être le fer de lance d’un traité international sur la Liberté sur Internet. Un tel traité devrait protéger fortement la confidentialité des communications, la liberté d’expression et l’accès à l’information (en particulier ce qui touche à l’Internet) ainsi que la neutralité du net.

5. Financement de logiciels respectueux de la vie privée

Afin de constituer une nouvelle ligne de défense de la vie privée, les utilisateurs doivent pouvoir choisir des logiciels et services qui respectent vraiment leur vie privée. De tels logiciels devraient garantir l’anonymat de leurs utilisateurs, offrir un système fort de chiffrement de bout-en-bout, des architectures pair-à-pair, la possibilté d’héberger soi-même ses données, un code source visible de tous, etc.

Nous nous réjouissons de voir que « protéger la vie privée et la liberté des internautes » fait partie des propositions soumises en ce moment au programme Horizon 2020. Nous demandons à l’Union Européenne, d’une part d’allouer une part bien plus significative des fonds de recherche à la diversification de l’offre logicielle qu’aux projets ayant le but contraire, par exemple le développement des outils de surveillance et d’exploration des données, et d’autre part de rejeter fermement des propositions dont le but explicite est la surveillance généralisée ne se basant sur aucune suspicion fondée.

6. Prévention contre un PRISM européen

Nous proposons des moyens législatifs visant à renforcer la défense contre les organismes similaires à travers toute l’Europe.

Les écoutes directes des agences gouvernementales des communications au cœur du réseau Internet — comme celles ayant été reportées comme installées par la NSA dans le cadre du programme BLARNEY — doivent être explicitement déclarées hors-la-loi. De telles écoutes autorisent le stockage et l’analyse de données de toutes les communications ayant lieu sur Internet, outrepassant toutes les procédures et contrôles existants, mettant ainsi en péril la confidentialité de toutes données et la vie privée de chacun. Porter atteinte à l’intégrité du réseau d’une manière aussi révoltante empêche tout un chacun de lui faire confiance, et nous prive de tous les points positifs que l’on peut y trouver.

Nous renouvelons donc notre appel pour la révocation de la directive sur la conservation des données. Les juridictions constitutionnelles tchèque, serbe et roumaine ont explicitement conclu que la collecte à grande échelle et sans suspicions de données personnelles est une violation fondamentale des droits de l’homme. Par la collecte généralisée de grandes quantités de données sans l’accord d’un tribunal, les programmes de conservation de données permettent au pouvoir exécutif d’outrepasser ses attributions au travers de plate-formes telles que PRISM, menaçant du même coup la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire, qui est le fondement de nos démocraties.

>>> Source sur : http://www.framablog.org/index.php/post/2013/06/22/prism-europe-parti-pirate

#Prism : pourquoi ce pseudo scandale m’en touche une sans faire bouger l’autre ?

#Prism : pourquoi ce pseudo scandale m’en touche une sans faire bouger l’autre ?

Vous êtes plusieurs à m’avoir demandé une réaction aux récentes révélations sur ce qui a gentiment débuté par le pseudo scandale Verizon. Je n’en avais pas particulièrement envie car je trouve tout ce foin complètement ridicule. Entre les américains indignés, les européens qui jouent les vierges effarouchées (les anglais qui accueillent des bases relais d’Echelon sur leur territoire doivent bien rigoler), et la presse qui fait ses choux gras de cette information vieille d’une douzaine d’années, j’estimais ne pas avoir de choses particulièrement intéressantes à vous raconter. D’ailleurs, je ne suis toujours pas convaincu que ce qui va suivre sera vraiment intéressant pour nombre d’entre vous… vous voilà avertis. Je ne m’étendrai d’ailleurs pas bien longtemps sur PRISM, car une autre information me semble tout de même un peu plus intéressante.

Depuis quelques jours, il faut l’avouer, je rigole allègrement. Je rigole de la naiveté patriotique candide des américains, je rigole de toute cette presse qui fait semblant de s’étonner, je rigole des réactions des politiques européens qui miment de tomber des nues… car oui, c’est soit disant nouveau, tout ce petit monde peut enfin mettre un sobriquet sur Big Brother : PRISM. Enfin, ça, c’est ce que tout le monde pense, la réalité est toute autre et c’est Kitetoa (désolé pour le ComicSansMS) qui vous l’exposera à l’occasion de Passage en Seine. Prism n’est en fait qu’une infime partie d’un programme bien plus vaste.

Merde ! Les adeptes de la conspiracy theory avaient raison alors ? Ben ouais ils avaient raison…wow le scoop !

C’est quand même pas faute de vous en avoir rabâché les oreilles ici ou ailleurs, pas plus tard que le mois dernier dans ce billet où je vous expliquais qu’un ancien du FBI avait craché le morceau au sujet de la traque des frères Tsarnaev. Il me semble bien avoir écrit en toute lettres que les autorités américaines interceptaient et stockaient toutes les communications… mais bon. #spapossib’ me dit-on. Ce billet est d’ailleurs passé relativement inaperçu, aucun média n’a repris ce qui constituait pourtant une information tout à fait crédible, d’une source qui ne l’est pas moins… mais non, un mois plus tard  12 ans plus tard, tout le monde semble tomber des nues.

Ce billet d’ailleurs m’avait valu les interrogations de certains

« Mais comment ki font ! »;
« Bluetouff tu dis de la merde »;
« Même pas cap les ricains »;
« T’imagines pas la taxe sur la copie privée en achat de disques durs ! » 

Et à votre avis ? Quand on hurlait comme des putois sur l’AFP qui cause gentiment sur Skype avec ses sources et qui l’écrit dans ses dépêches, des fois qu’Oncle Sam n’avait pas tapé la bonne requête dans sa base de données pour identifier la source de l’agence de presse… c’était juste pour rire ? Pour troller sur Twitter avec un bot qui crache les dernières dépêches ? Pour le plaisir de se fritter par blogs interposés ? Ou parce que tout indique depuis des années déjà que les américains interceptent non seulement les communications téléphoniques des américains mais aussi à peu près tout ce qui ressemble à une communication à l’exception peut-être d’un protocole encore mal maitrisé, décrit dans la RFC 1149 ?

  • Qui me fera gober que la presse américaine ne s’est pas interrogée sur les dispositions pratiques issues du Patriot Act dont l’acronyme signifie « Loi pour unir et renforcer l’Amérique en fournissant les outils appropriés pour déceler et contrer le terrorisme » ?
  • Qui me fera gober que le Parlement Européen, après les antécédents d’Echelon ne s’est jamais penché sur ce que les USA écoutent, interceptent et stockent…?
  • Qui me fera gober que la presse française pensait que les SMS et les conversations de Dominique Strauss Khan ont été tirés du chapeau de Bozo le clown ?

Oui, très franchement, je suis mort de rire, c’est un peu comme si tout ce que la planète compte de faux-culs s’était donné rendez-vous sur la time line du hashtag #Prism…

Les américains, qui ont tous soutenu, le Patriot Act au lendemain des attentats du 11 septembre étaient ils assez naifs pour croire que les autorités américaines allaient contrer une menace intérieure en écoutant uniquement ce qu’il se passe à l’extérieur ?

Il y a quelques années, avant que Wikipedia ne déchaine les passions, les personnes de ma génération qui s’intéressaient au sujet de la surveillance de masse fréquentaient les newsgroups ou des sites web comme Cryptome. Cryptome qui révélait déjà des choses pas jolies jolies sur les durées de rétention d’informations concernant les communications des américains.

☠ Spapossib’®

Dans le pire scénario que j’avais évoqué il y a déjà bien longtemps, j’expliquais que si la France avait envie d’écouter hors de tout cadre légal et de manière massive les communications électroniques, elle opèrerait ces interceptions depuis l’étranger. Là encore, les réactions à mes « élucubrations » étaient les mêmes : #spapossib’.

Ben oui, mais voilà… non seulement c’est tout à fait possible, mais voilà que le Monde, par la plume de Laurent Borredon et de Jacques Follorou appuie maintenant ma thèse avec des affirmations qui se font un peu plus pressantes et plus précises. Dans un article daté d’hier et intitulé « En France, la DGSE au cœur d’un programme de surveillance d’Internet « , Le Monde pointe les installations souterraines de la DGSE situées boulevard Mortier à Paris. Mais Le quotidien lâche surtout le morceau qui semble passer totalement inaperçu tout obnubilés que nous sommes par PRISM :

La France dispose-t-elle d’un programme de surveillance massif proche de celui mis en place par l’Agence américaine de sécurité nationale (NSA) ? La réponse est oui. La direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les services secrets français agissant au-delà de nos frontières, examine, chaque jour, le flux du trafic Internet entre la France et l’étranger en dehors de tout cadre légal. 

☠ Etkomentkifon ?

Là encore je vous avais déjà parlé de la bénédiction que representent certains points de concentration du trafic, et plus particulièrement les câbles sous-marin. Mais ce n’est probablement le gros du dispositif. Allez, je vous la récapitules avec des mots très simples. Imaginez une entreprise française qui vend à un dictateur un système d’interception des communications électroniques dimensionné à l’échelle d’une nation. Imaginez que cette entreprise soit, étrangement, aidée par des personnes de la direction du renseignement militaire pour former les équipes sur place. On vend ensuite ce système à d’autres nations, pas franchement connues pour leurs aspirations démocratiques, mais toutes étrangement situées sur une dorsale de trafic Internet stratégique (suivez les câble sous-marins).

☠ Tagada tsoin tsoin …

Et vous obtenez tout simplement un système d’interception stratégique, situé hors de nos frontières, distribué, résilient, suffisamment backdooré pour que nos services puissent y accéder en fonction de leurs besoins et mener des interceptions massives pour extraire une poignée d’informations.

Et ce scénario, comme je vous le disais :

Allez, je vous la refais :

 voici comment je m’y prendrais si je voulais écouter massivement, à moindre coût, et surtout discrètement.

  • J’appuierai, au plus haut niveau de l’Etat, une société privée (un fusible comme on dit dans le jargon), spécialisée dans l’interception de masse, pour que cette dernière exporte ses jouets sur le territoire national des gens que je souhaite écouter. Je leur vendrai le bébé comme une arme de guerre électronique, à part que cette dernière n’est pas répertoriée légalement en tant que telle, et donc, non soumise à un contrôle strict des exportations.

  • J’en profiterai pour surdimensionner un peu le système en prévision d’une utilisation non documentée (un backdoor).

  • J’enverrai ensuite, au nom d’une « fraternelle coopération » des officiers du renseignement militaire pour former les équipes du « client » (comprenez le dindon de la farce). Cette opération de « formation » permettrait en outre de paramétrer le jouet vendu afin que ce dernier soit accessible à distance par les services du renseignement extérieur, avec un accès complet aux interceptions réalisées par le « client »… évidemment à son insu.

  • Ce qu’il y a de bien avec TCIP/IP et BGP, c’est que l’on peut router du trafic à peu près où on le désire. En clair, nul besoin de disposer d’outils sur le territoire français pour écouter les communications des ressortissants français.

  • Si je multiplie cette « opération commerciale » avec des « partenaires » géographiquement bien choisis, je m’offre une sorte de cloud de l’interception, financé par des puissances étrangères. Peu importe si elles ne sont pas franchement reconnues comme les plus grandes démocraties. Peu importe si leurs dirigeants sont connus comme des terroristes ou des fous furieux. L’éthique ce n’est pas franchement le fond du problème.

  • En cas de pépin, pas de souci; l’Etat pourrait ainsi se défausser de toute responsabilité. Notre entreprise privée est le fusible, c’est à elle de sauter. Mais évidemment, comme elle demeure « stratégique », je lui offre une porte de sortie en bidonnant une cession d’activité à une société tierce, créée par elle même. Elle pourrait ainsi, par exemple sous drapeau Qatari, continuer à vendre ses petits jouets et la collaboration entre les services extérieurs et cette « nouvelle société » qui ne renaît que des cendres de la première, pourrait ainsi continuer de plus belle et s’attaquer tranquillement à d’autres « marchés ».

  • Si une bande de cyber-beatniks venait à poser des questions au Gouvernement sur la présence avérée d’officiers du renseignement, il suffirait de brandir la menace terroriste et d’expliquer que ces « armes » n’en sont pas, qu’elles sont en fait du matériel grand public.

 

>>> Source sur : http://bluetouff.com/2013/06/12/prism-pourquoi-ce-pseudo-scandale-men-touche-une-sans-faire-bouger-lautre/

Des milliers de morts, des millions privés de libertés civiles ?

Des milliers de morts, des millions privés de libertés civiles ? Stallman (2001)

À l’heure où les USA sont empêtrés dans une sombre histoire d’espionnage généralisé à grande échelle, il nous a paru intéressant de déterrer et traduire un article de Richard Stallman rédigé en 2001 juste après le 11 septembre.

Force est de reconnaître qu’une fois de plus il avait pressenti les conséquences néfastes que nous subissons aujourd’hui.

Sigg3net - CC by

Des milliers de morts, des millions privés de libertés civiles ?

Thousands dead, millions deprived of civil liberties?

Richard Stallman – 2001 – Site personnel
(Traduction : Lamessen, Slystone, Sky, Amine Brikci-N, Asta)

Dans de nombreux cas, les dommages les plus sévères que cause une lésion nerveuse sont secondaires ; ils se produisent dans les heures qui suivent le traumatisme initial, car la réaction du corps à ces dommages tue davantage de cellules nerveuses. Les chercheurs commencent à découvrir des façons de prévenir ces lésions secondaires et réduire les dommages ultimes.

Si nous ne faisons pas attention, les attaques meurtrières sur New York et Washington vont conduire à des effets secondaires bien pire encore, si le congrès étasunien adopte des « mesures préventives » qui écartent la liberté que l’Amérique représente.

Je ne parle pas de fouilles dans les aéroports ici. Les fouilles de personnes ou de bagages, tant qu’ils ne cherchent pas autre chose que des armes et ne gardent pas de traces de ces fouilles, est juste un désagrément : elles ne mettent pas en danger vos libertés civiles. C’est la surveillance massive de tous les aspects de nos vies qui m’inquiète : de nos appels téléphoniques, nos courriels et nos déplacements physiques.

Ces mesures sont susceptibles d’être recommandées indépendamment du fait qu’elles seraient efficaces pour leur objectif déclaré. Un dirigeant d’une entreprise développant un logiciel de reconnaissance faciale est dit avoir annoncé à des journalistes que le déploiement massif de caméras embarquant un système de reconnaissance faciale aurait empêché les attaques. Le New York Times du 15 septembre cite un congressiste prônant cette « solution ». Étant donné que la reconnaissance humaine du visage effectuée par les agents d’accueil n’a pas permis de stopper les pirates, il n’y a pas de raison de penser que les caméras à reconnaissance faciale informatisée aurait été d’une quelconque aide. Mais cela n’arrête pas les agences qui ont toujours voulu mettre en place plus de surveillance de pousser ce plan aujourd’hui, ainsi que beaucoup d’autres plans similaires. Il faudra l’opposition du public pour les stopper.

Encore plus inquiétant, une proposition visant à exiger des portes dérobées gouvernementales dans les logiciels de chiffrement a déjà fait son apparition.

Pendant ce temps, le Congrès s’est empressé de voter une résolution donnant à Bush les pleins pouvoirs d’utilisation de la force militaire en représailles des attaques. Les représailles peuvent être justifiées, si les auteurs des attaques peuvent être identifiés et ciblés avec soin, mais le Congrès a le devoir d’examiner les mesures spécifiques lorsqu’elles sont proposées. Donner carte blanche au président dans un moment de colère est exactement l’erreur qui a conduit les États-Unis dans la guerre du Vietnam.

S’il vous plait, laissez vos représentants élus et votre président non élu savoir que vous ne voulez pas que vos libertés civiles deviennent les prochaines victimes du terrorisme. N’attendez pas, Les lois sont déjà en cours d’écriture.

>>> Crédit photo : Sigg3net (Creative Commons By)

>>> Source : http://www.framablog.org/index.php/post/2013/06/09/stallman-2001

Patrons, laissez vos employés accéder à Internet !

Patrons, laissez vos employés accéder à Internet !

Patrons, laissez vos employés accéder à Internet !

 

De temps en temps, je reçois un email d’un lecteur qui me demande la version PDF d’un de mes articles, mon blog étant bloqué par le pare-feu de son employeur.

Aussi, je voudrais m’adresser à ceux qui emploient ces personnes: dans l’intérêt de votre business, laissez vos employés accéder librement à Internet. Oui, entièrement et librement.

« Mes employés sont payés pour travailler, pas pour aller sur Facebook »

« Je glanderais bien sur Facebook mais comme je n’y ai pas accès, je vais être productif », phrase que n’a jamais dit aucun employé dans l’histoire de l’humanité.

Vos employés sont payés pour effectuer un travail. Veiller à ce que ce travail soit accompli est de la compétence d’un supérieur hiérarchique. C’est la seule manière de savoir si une personne fait bien son travail. Le nombre d’heures prestées ou le nombre d’accès à Facebook ne sont en aucun cas représentatif de la productivité de la personne. Si vos employés passent la majeure partie de leur temps sur Facebook, ce n’est pas à l’employé qu’il faut en vouloir  mais bien au supérieur hiérarchique direct. Et encore, seulement si le travail n’est pas accompli. Car après tout, s’il l’est, de quoi vous plaignez-vous ?

Dans le monde actuel, vous ne savez jamais d’où peut venir la prochaine bonne idée, le prochain contrat juteux, la petite innovation qui multipliera vos marges par deux. En restreignant la liberté en ligne de vos employés, vous supprimez volontairement des opportunités. Vous vous coupez du monde et vous forcez vos employés à faire de même. À moins qu’ils ne surfent via leur téléphone, auquel cas vos efforts sont de toutes façons vains.

Les sites pornos ? si un de vos employé s’ennuie au point de passer son temps sur des sites pornos, une fois encore le problème n’est pas l’employé. Tant qu’il n’importune pas ses collègues et que le boulot est fait, où est le soucis ?

Que vous le vouliez ou non, Internet fait à présent partie intégrante de la vie. Le professionnel et le personnel se mêlent de plus en plus, des solutions complètement inattendues apparaissent à l’autre bout du monde.

Contrôler l’accès internet de vos employés revient à construire une prison. Une prison dans laquelle vos employés sont forcés de venir s’enfermer huit ou neuf heures par jour, les heures étant souvent contrôlées avec des badges à l’entrée. Une prison depuis laquelle les communications avec le monde extérieur sont limitées et surveillées.

Par un simple volonté de contrôle, vous brisez non seulement toute velléité de créativité ou de motivation, vous montrez également à vos employés que vous ne leur faites pas confiance. Ce en quoi, ils vous donneront forcément raison, procrastinant, s’ennuyant et comptant les minutes avant la permission quotidienne, le tout en regardant par la fenêtre. Car dehors, il fait beau. Dehors, les gens sont heureux, ils vont et viennent librement. Dehors, ils ont internet et ne comptent pas les heures.

Bien sûr, vous lirez ceci en souriant, en vous disant que votre business est différent, que vous n’avez rien à apprendre d’un blogueur. Rassurez-vous, je ne m’en fais pas pour vos employés. Car quelle est la seule chose dont rêve un prisonnier ? S’échapper pour de bon ! Et soyez certain qu’il le fera à la première occasion.

>>> Photo par Joshua Davis

>>> Source : http://ploum.net/post/patrons-laissez-vos-employes-acceder-a-internet

Pour un GitHub plus démocratique et efficace

GitHub est aujourd’hui la plus dynamique forge de développement de logiciels libres. Mais n’y aurait-il pas, dans sa conception même, quelques problèmes de gouvernance et de circulation du code qui menacent l’efficacité, voire la viabilité, des projets ?

De la citoyenneté dans le développement de logiciels open source

On Citizenship in Open-source software development

Christophe Maximin – 8 mai 2013 – Blog personnel
(Traduction : ProgVal, Melchisedech, nano-plink, TheCamel, Al + anonymes)

Comment GitHub peut révolutionner la question en donnant le pouvoir aux utilisateurs dans les dépôts auxquels ils contribuent.

TL;DR : En donnant un véritable statut social aux personnes contribuant à un dépôt, GitHub résoudrait le problème des projets-zombies ayant une communauté éparpillée. En permettant à ces citoyens de collaborer réellement les uns avec les autres, et non avec le seul propriétaire, les dépôts seront vivants tant que leur communauté existera, de manière complètement auto-régulée.

L’année a très bien commencé pour GitHub. Après avoir levé cent millions de dollars d’Andreesen-Horowitz et atteint les trois millions d’utilisateurs en janvier (3,4 millions et plus à présent), ils sont sur une dynamique qu’il sera difficile d’arrêter.

Néanmoins, le service a aussi ses défauts, et si certaines personnes pointent du doigt de tous petits problèmes liés aux services et aux applications, le problème que je m’apprête à décrire touche à la nature même de nos interactions sur la plate-forme.

>>> Source & suite sur : http://www.framablog.org/index.php/post/2013/05/12/github-on-a-un-probleme

#Cyberdéfense : ceci n’est pas un manifeste, ceci est Internet

#Cyberdéfense : ceci n’est pas un manifeste, ceci est Internet

Aujourd’hui se tient au Sénat français un colloque sur la cyber défense. L’utilité même d’un tel colloque est inquiétante pour tout Internet et surtout pour les internautes, nous tous, nous Citoyens. Internet est un bien commun trop précieux pour être confié à des politiciens, des militaires, des diplomates, des commerçants, des marchands de « sécurité »… à n’importe quelle caste qui a toujours prouvé qu’elle ne savait agir que pour assurer sa propre survie en brandissant une menace terroriste.

cyberpeace

Internet survivra à vos castes,

Internet est par définition auto-immunisé.

Nulle chance pour vous d’y introduire de nouvelles formes de cancers,

Qu’elles se nomment cyber commerce, cyber sécurité, cyber défense, cyber dissuasion, cyber terrorisme, cyber guerre ;

Internet, c’est le cyber échange qui ne peut conduire qu’à la cyber paix… et à la paix tout court.

Vous aurez beau réintroduire vos concepts qui ne conduisent nos états qu’à toutes les formes de guerres que l’homme puisse imaginer, et Dieu sait que les hommes sont imaginatifs pour se trouver des raisons de se faire la guerre….

Vous aurez beau essayer de séparer les peuples en tentant de poser des frontières sur Internet, et Dieu sait que les politiques y ont un intérêt pour tenter de légitimer leur illusion de pouvoir…

Vous n’y arriverez pas.

La cyber répression ou la cyber surveillance… au nom de ce que vous pourrez imaginer comme fumeux cyber concepts, n’est garante que de votre petite mort.

La somme des intelligences qui transitent dans les tuyaux d’Internet, c’ est un raz de marée.

Nager à contre-courant, c’est pour vous le meilleur moyen de mourir rapidement, et douloureusement.

La douleur s’exprimera dans vos concepts obsolètes de « république » ou de « démocratie » qui vous échappent octet après octet transitant sur Internet.

Peu importe comment vous appelez vos concepts politiques, diplomatiques ou militaires, en votant des lois qui restreignent jour après jour les libertés des citoyens, ou en essayant de dresser les peuples les uns contre les autres.

Si les états pouvaient autrefois s’immuniser contre leur propre peuple, sachez qu’aujourd’hui, ce temps est révolu. Le peuple a élu domicile sur Internet. Cet Internet, c’est chez lui. Internet c’est le peuple.

Vous voulez réguler Internet, vous voulez civiliser Internet ?

Alors que vous n’êtes pas même capables de moraliser vos propres castes ?

Vous vous exposez bêtement sur le réseau en y introduisant des systèmes critiques au nom du profit, pour ensuite voler les libertés des citoyens, pour tenter de préserver les intérêts vos cyber boutiques, vos cyber banques, de vos cyber infrastructures critiques… qui par définition n’ont rien à y faire.

Internet est un iceberg qui répond aux mêmes principes que la poussée d’Archimède,

Continuez à essayer de l’enfoncer, et vous le reprendrez en pleine figure.

A force de vouloir surveiller tout le monde, vous n’entendez plus personne.

Entendez Internet, ou Internet tuera vos états.

>>> Source sur : http://bluetouff.com/2013/05/16/cyberdefense-ceci-nest-pas-un-manifeste-ceci-est-internet/

>>> Publié le 16 mai 2013 par  (Olivier Laurelli) dans Broutilles

Un règlement dépouillant les citoyens de leur droit à la vie privée

Un règlement dépouillant les citoyens de leur droit à la vie privée

Une coalition d’organisations internationales et européennes, dont AccessBits of FreedomDigitale GesellschaftEDRI, La Quadrature du Net, Open Rights Group, et Privacy International, démarre une campagne commune et un site Internet, nakedcitizens.eu. Ce site permet aux citoyens de contacter leurs représentants au Parlement européen pour les appeler à protéger leur droit fondamental à la vie privée.

Un règlement dépouillant les citoyens de leur droit à la vie privée

Des organisations citoyennes exigent que les membres du Parlement européen protègent la vie privée des citoyens.

Depuis son lancement, la révision de la législation européenne encadrant la protection des données donne lieu à une campagne de lobbying sans précédent de la part d’entreprises privées et de gouvernements étrangers. Le Parlement européen examine en ce moment le texte proposé par la Commission européenne, et envisage d’y faire de dangereux amendements. Selon une coalition d’organisations citoyennes, si ces amendements étaient adoptés, ils dépouilleraient les citoyens de leur droit à la vie privée. Cette affirmation est basée sur l’analyse des 4 000 amendements actuellement examinés par le Parlement européen.

« Sans une protection efficace de nos données, nos vies privées sont mises à nu, pour être utilisées et exploitées abusivement par des entreprises privées et des gouvernements. » déclare Joe McNamee de l’organisation citoyenne European Digital Rights (EDRI) et porte-parole de la coalition. « Nous appelons les membres du Parlement européen à faire primer les droits des citoyens et à rejeter ces propositions dangereuses. »

En prévision du vote final de la commission « libertés civiles » le 29 mai, la coalition de la société civile met en lumière les cinq amendements les plus dangereux proposés par les membres du Parlement européen pour modifier le règlement encadrant la protection des données.

Le règlement proposé par la Commission européenne a pour objectif de renouveler et de moderniser le cadre législatif existant pour l’adapter à l’ère numérique, et de conférer aux citoyens un plus grand contrôle sur leurs données personnelles. Le lobbying démesuré venant de grandes entreprises et de gouvernements risque au contraire de réduire à néant ce cadre juridique.

Les citoyens doivent pouvoir faire confiance aux services en ligne qu’ils utilisent. Le niveau de confiance exceptionnellement bas rapporté par des études tant européennes qu’américaines n’est tout simplement pas viable, tant pour les citoyens que pour les entreprises.

La confiance doit être reconstruite en rendant aux citoyens le contrôle de leurs données grâce aux droits :
(1) d’accéder à leurs données personnelles et de les supprimer,
(2) de transférer simplement leurs données d’un service à un autre,
(3) d’être assurés que leurs données personnelles ne seront utilisées que pour la finalité précise et limitée à laquelle ils ont consenti
(4) d’être assurés que leurs données sont à l’abri des gouvernements étrangers,
(5) d’être assurés qu’en cas de faille de sécurité impliquant leurs données, les entreprises responsables les en informeront.

>>> Source & plus d’infos sur : http://www.laquadrature.net/fr/un-reglement-depouillant-les-citoyens-de-leur-droit-a-la-vie-privee

Le manifeste du web indépendant de 1997 est toujours d’actualité

Vous vous souvenez du manifeste du web indépendant du 2 février 1997 (cf. cette page) ? Pour ma part, je n’étais pas encore né, puisque je me suis connecté seulement quelques mois plus tard au réseau des réseaux.

Et comme chacun sait, ses débuts sur Internet ne sont pas franchement propices à la réflexion, mais plutôt dédiés à la découverte et à l’exploration, comme un spectateur, les yeux ébahis devant un écran géant au cinéma, impatient de voir le rideau finir de descendre. Comme l’a d’ailleurs si bien expliqué Benjamin Bayart, dans différentes conférences comme celle à Compiègne en 2012 ou celle-ci en 2010 (avec son échelle « Bayart » de l’internaute), l’internaute doit franchir plusieurs étapes avant de devenir un véritable acteur du web. Si aujourd’hui, ces étapes se franchissent facilement chez les jeunes, aidés par de nombreux outils facilement accessibles, ce n’était pas encore vraiment le cas avant les années 2000, et il reste encore de nombreux efforts à faire pour que la dernière devienne un réflexe.

Pour rappel, l’échelle « Bayart » est déterminée par les comportements suivants :

  • Acheteur/kikoolol
  • Lecteur
  • Râleur
  • Commentateur
  • Auteur
  • Animateur

Mais, aujourd’hui, derrière un semblant de liberté d’expression pourtant censurée à tout va, notre époque numérique a toujours les même préoccupations qu’à ses débuts. Hélas, elles sont cette fois-ci plus graves, car liées aux mauvaises évolutions et habitudes indignes du potentiel d’Internet. Le manifeste est en ce sens encore toujours d’actualité. La principale pour ma part, c’est bien celle qui consiste à lutter contre la centralisation des contenus liés à la liberté d’expression (facebook, youtube, Google…). Ce n’est pas simple, mais les geeks doivent désormais mettre tout en œuvre pour que les outils dédiés à l’auto-hébergement deviennent aussi accessibles et interopérables que les outils privés actuels. Pas simple non plus, c’est certain, avec nos connexions toujours essentiellement dissymétriques.

Malgré son âge finalement, avec ce manifeste, les premiers geeks se questionnaient déjà en 1997 sur l’avenir de ce nouveau média qu’il fallait à tout prix défendre pour conserver l’utopie nouvelle qu’il laissait entrevoir ; celle de profiter d’une véritable liberté d’expression et du partage de la Culture. Aujourd’hui, et alors que des citoyens du Net en sont morts, comme Aaron Swartz (lisez cet excellent papier), rien a changé. Pire, tout va de travers, comme chacun des illuminés au LSD le laissait entrevoir.

Voilà ce que disait le manifeste, traduit dans de nombreuses langues (source) :

Le Web indépendant, ce sont ces millions de sites offrant des millions de pages faites de passion, d’opinion, d’information, mises en place par des utilisateurs conscients de leur rôle de citoyens. Le Web indépendant, c’est un lien nouveau entre les individus, une bourse du savoir gratuite, offerte, ouverte ; sans prétention.

Face aux sites commerciaux aux messages publicitaires agressifs, destinés à ficher et cibler les utilisateurs, le Web indépendant propose une vision respectueuse des individus et de leurs libertés, il invite à la réflexion et au dialogue. Quand les sites d’entreprises se transforment en magazines d’information et de divertissement, quand les mastodontes de l’info-spectacle, des télécommunications, de l’informatique et de l’armement investissent le réseau, le Web indépendant propose une vision libre du monde, permet de contourner la censure économique de l’information, sa confusion avec la publicité et le publi-reportage, sa réduction à un spectacle abrutissant et manipulateur.

Pourtant le Web indépendant et contributif est menacé ; menacé par la fuite en avant technologique qui rend la création de sites de plus en plus complexe et chère, par l’écrasante puissance publicitaire du Web marchand, et bientôt par les accès dissymétriques, les Network Computers, les réseaux privés, le broadcasting, destinés à cantonner le citoyen au seul rôle de consommateur. Déjà la presse spécialisée, si avide des publicités d’annonceurs qui récupèrent à leur profit la formidable richesse du Web contributif, et fascinée par les enjeux techniques et commerciaux de l’Internet, réserve quelques maigres lignes aux sites indépendants, occulte l’enjeu culturel du réseau, expédie rapidement la mort des sites pionniers du Web artisanal, quand elle glose en long et en large sur le nouveau site de tel vendeur de soupe. La création d’un site personnel y est présentée aux utilisateurs comme une motivation très annexe, loin derrière les possibilités d’utilisation en ligne de sa carte de crédit.

Nous invitons donc les utilisateurs à prendre conscience de leur rôle primordial sur l’Internet : lorsqu’ils montent leur propre site, lorsqu’ils envoient des commentaires, critiques et encouragements aux webmestres, lorsqu’ils s’entraident dans les forums et par courrier électronique, ils offrent une information libre et gratuite que d’autres voudraient vendre et contrôler. La pédagogie, l’information, la culture et le débat d’opinion sont le seul fait des utilisateurs, des webmestres indépendants et des initiatives universitaires et associatives.

Je vous laisse avec David Dufresne, qui explique si bien la valeur de ce manifeste. Aujourd’hui, pour que ce dernier puisse avoir tout son sens, il faudrait que la neutralité du réseau des réseaux nommé Internet, ait une véritable valeur juridique et que chacun puisse défendre devant la justice sa véritable liberté d’expression.

J’y reviendrai, mais en attendant, je vous laisse avec le site de la contre-histoire des Internets.

 

>>> Source & Suite sur : http://neosting.net/actualite/manifeste-web-independant-toujours-actualite.html