Emmabuntüs est plus qu’une distribution GNU/Linux

En janvier 2011 nous réalisions une interview intitulée Ne pas subir, toujours agir ! Rencontre avec Patrick d’Emmaüs.

Près de 3 ans plus tard, il nous a semblé intéressant de prendre des nouvelles du projet qu’il porte tant son histoire et son évolution nous semblent exemplaires.

Cette interview a été initialement publiée en anglais le 24 septembre 2013 sur Linux notes from DarkDuck sous le titre « Patrick d’Emmabuntüs: Emmabuntüs is more than a Linux distribution ».

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Entretien avec Patrick d’Emmabuntüs

1. Bonjour Patrick. Je pense que vous n’êtes pas encore connu dans le monde Linux. Pourriez-vous vous présenter ?

Je suis Patrick d’Emmabuntüs et je suis venu dans le monde Linux par hasard en voulant aider pour le reconditionnement d’ordinateurs la communauté Emmaüs de Neuilly-Plaisance (Communauté de naissance du Mouvement Emmaüs en 1949), à la suite de cela j’ai participé à la création du Collectif Emmabuntüs qui œuvre à la promotion de la distribution Linux Emmabuntüs.

2. Vous travaillez sur le projet Emmabuntüs. Késako ?

Cette distribution a été conçue pour faciliter le reconditionnement des ordinateurs donnés aux associations humanitaires, en particulier aux communautés Emmaüs (d’où son nom) et favoriser la découverte de Linux par les débutants, mais aussi prolonger la durée de vie du matériel pour limiter le gaspillage entraîné par la surconsommation de matières premières(*).

3. Quel âge a le projet ?

En mai 2010, j’ai participé en tant que bénévole au reconditionnement d’ordinateurs au sein de la communauté Emmaüs de Neuilly-Plaisance. En voyant l’ampleur du travail nécessaire pour remettre en état des ordinateurs de façon manuelle, j’ai commencé à développer un ensemble de scripts pour automatiser cette tâche sous Windows XP, afin de ne pas altérer la licence initiale.

Par la suite, constatant que de nombreuses machines étaient données sans disque dur, j’ai eu l’idée de faire un script pour installer cet ensemble de logiciels Libres ainsi que le Dock sur une distribution Linux Ubuntu 10.04, en reprenant les idées de base utilisées pour la réalisation du reconditionnement des machines sous Windows XP.

J’ai alors présenté ce travail lors de l’Ubuntu-Party 10.10 de Paris (Octobre 2010), afin de sensibiliser d’autres personnes à la nécessité :

  • de développer et promouvoir une distribution Libre adaptée au reconditionnement de machines dans les communautés Emmaüs de la région parisienne,
  • d’aider ces communautés à remettre en état et à vendre des machines pour un public majoritairement débutant qui ne connaît pas les distributions Linux.

Lors de cette Ubuntu-Party j’ai eu la chance de rencontrer Gérard et Hervé, qui m’ont convaincu de créer une ISO pour installer la distribution sans connexion Internet, puis Quentin de Framasoft a proposé de faire une interview pour présenter le travail réalisé sur le Framablog, en janvier 2011. Après cette interview le noyau qui allait former le Collectif Emmabuntüs a été rejoint par David qui a aidé à diffuser cette ISO sur Sourceforge et, à partir de mars 2011, par Morgan pour la diffusion surFreetorrent.

La première version d’Emmabuntüs a été mise en ligne le 29 mars 2011, elle était basée sur une Ubuntu 10.04.

4. Quels sont les buts principaux de votre projet ? Quelle est la cible de ceux-ci ?

Le but que nous poursuivons est la mise en place de structures d’aide au reconditionnement de machines pour les associations humanitaires et d’inciter d’autres personnes à suivre notre démarche pour permettre de lutter contre les trois fléaux suivants :

  • La pauvreté au sein de certaines couches de la population, par l’apport de nouvelles sources de revenus à des associations humanitaires grâce à la revente de ces machines.
  • La fracture numérique en France et dans le monde, en particulier en Afrique, par la diffusion d’une distribution complétée de données libres.

5. Combien avez-vous de membres dans votre équipe ?

C’est difficile de dire exactement combien de personnes composent le collectif Emmabuntüs, car ce n’est pas une association ou il y a une cotisation à verser, et dans ce cas il suffit de comptabiliser le nombres adhérents. Ce que nous pouvons dire, c’est qu’il y a plus de 50 personnes dans notre mailling-list, et que depuis cette année nous avons énormément de partenariat informel avec des associations dans les domaines suivants :

Et surtout notre collaboration avec le projet Jerry DIT (Jerry est un ordinateur assemblé dans un bidon en plastique avec des composants informatiques de récupération), qui a choisi depuis un an Emmabuntüs comme distribution favorite sur la version du Jerry Desktop, puis aussi le travail accompli sur une base Emmabuntüs par le JerryClan Côte d’Ivoire.

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Le Jerry Clan Côte d’Ivoire a développé sur une base Jerry et Emmabuntüs 2 un ensemble de services destinés à l’aide médicale. Ce service est basé sur une application mobile libre de suivi par SMS des malades de la tuberculose, ainsi que sur M-Pregnancy pour le suivi des grossesses et des femmes enceintes, voir cette vidéo en français qui présente le dernier Jerry-Marathon à Bouaké.

6. Quelles sont les différences entre Emmabuntüs et les autres variantes d’Ubuntu Pinguy, Zorin, Mint ?

La grande particularité de cette distribution est qu’elle se veut « simple, ouverte, et équitable » : simple pour l’installation et l’utilisation, ouverte pour échanger des données avec des systèmes ayant des formats propriétaires, équitable dans le choix de l’installation ou non des formats propriétaires, mais c’est aussi une allusion à la raison de la naissance de cette distribution : l’aide aux communautés Emmaüs. Des blogueurs indépendants ont traduit cela en parlant d’Emmabuntüs 2 : « El Xubuntu humanitario », « All-Inclusive French Resort », « Multifunktional Kompakter Allrounder für ältere Computer » ou bien « Emmabuntüs 2 pour tous et pour tout faire ».

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Voici en détail les particularités de cette distribution ?:

  • Utilisation des versions stables pour bénéficier des mises à jour pendant le plus longtemps possible. Depuis le début, nous avons utilisé les versions LTS des variantes d’Ubuntu (Ubuntu 10.04, Lubuntu 10.04, et maintenant Xubuntu 12.04). Cela ne veut pas dire que ce sera toujours le cas, bien que nous apprécions particulièrement Ubuntu.
  • Utilisation d’un dock (Cairo-Dock) pour rendre l’utilisation plus simple en particulier pour la très chère Madame Michu. En un mot, l’accessibilité est un critère important dans les choix qui composent la distribution Emmabuntüs. Cela nous oblige à inclure parfois des applications non libres comme le sulfureux Skype, et Flash. Nous préférons ne pas rester sur une position idéologique et les intégrer plutôt que risquer de décevoir des personnes habituées à utiliser ces logiciels non libres. Elles ne comprendraient pas que le monde des logiciels Libres soit plus contraignant qu’un monde dit privé ou privateur. Ces logiciels non libres sont inclus dans l’ISO et sont installables par l’utilisateur final, soit au premier redémarrage après l’installation de la distribution, soit ultérieurement à partir d’icônes dans le dock.

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  • Profusion de logiciels (plus d’une soixantaine), pour que les futurs utilisateurs disposent de tous les outils dont ils ont besoin à portée de clic dans le dock (ou plusieurs versions de dock en fonction de l’utilisateur (expert, débutant, enfant, dans la version Emmabuntüs 2) sans avoir à chercher celui qui manque dans la logithèque.

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  • Configuration des navigateurs Internet Firefox et Chromium pour la protection des mineurs, contre la publicité et le Phishing (ou Fishing).

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  • Compatibilité bureautique prise en compte en permettant l’installation de fontes non Libres au choix de l’utilisateur final.
  • Non utilisation d’Internet pour faire l’installation, pour pouvoir diffuser ce travail dans des lieux où les connexions Internet sont lentes, instables ou inexistantes. A Koupela au Burkina-Faso ou à Bouaké en Côte d’Ivoire, il n’est pas question de télécharger une distribution ou des applications de plusieurs gigaoctets. En revanche, il est possible d’envoyer un DVD ou une clé USB contenant l’ISO d’Emmabuntüs 2.
  • La dernière particularité est un fichier d’automatisation pour plusieurs modes d’installation, pour diminuer le travail dans les ateliers de reconditionnement.

8. Combien avez-vous d’utilisateurs ? Avez-vous des estimations démographiques ?

Ce qui compte pour nous ce n’est pas le nombre d’utilisateurs, mais quels utilisateurs nous avons !!! car notre travail étant orienté vers les associations, et combien nous avons vendu de machines sous Emmabuntüs au profit d’associations, ou de machines reconditionnées pour des associations.

Nous pouvons estimer que de l’ordre de 250 à 400 machines sous Emmabuntüs ont été vendues au profit d’Emmaüs dans les 6 communautés d’Emmaüs qui utilisent Emmabuntüs : Liberté à Ivry-sur-Seine, Villers-les-PotsMontpellierCatalogne à Perpignan-Polletres, Avenir à Neuilly-Plaisance et Neuilly-sur-Marne, et Cabriès.

Mais aussi Emmabuntüs est utilisée dans 6 espaces numériques, le premier à Koupela au Burkina Faso, puis le C@FISOL (L’Aigle, Orne), Sati 21 (Venarey-les-Laumes, Côte d’Or), CASA Poblano (Montreuil, Seine-Saint-Denis), Jerry Agor@ (Saint-Etienne, Loire)), Médiathèque d’Agneaux (Agneaux, Manche).

Et la grande fierté du collectif Emmabuntus, et d’être utilisé par le JerryClan de Côte d’Ivoire sur la quinzaine de Jerry SMS, qui a eux seuls incarnent les 3 buts poursuivis pas notre collectif :

  • aide aux associations humanitaires ;
  • réduire de la fracture numérique ;
  • prolonger la durée de vie du matériel informatique.

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Pour les statistiques sur le nombre et la répartition géographique des téléchargements qui ont été effectués à partir du nouveau compte Sourceforge (créé Septembre 2012 avec le 2 1.02 question Emmabuntüs), et les anciennes versions ici.

9. A l’heure actuelle vous être au alentour de la 150 ème position sur Distrowatch. Quels sont vos plans pour monter ?

Pour essayer d’augmenter notre score dans le but d’avoir une meilleure visibilité internationale pour toucher des associations en particulier en Afrique et en Amérique latine, nous allons essayer de travailler notre communication par le biais d’article dans les diverses langues incluses dans notre distribution. Nous avons depuis le début de l’année travaillé sur une page sur Wikipédia présentant Emmabuntüs, sur ces différentes traductions en Anglais, Espagnol, Portugais, et maintenant Italien.

Cela a payé car Igor a rejoint le projet Emmabuntüs, et il a mis en place un Blog dédié à Emmabuntüs Brasil en portugais, mais aussi nous avons le Blog Cartas de Linux qui nous soutient, ainsi que Miguel Parada qui a fait de très beaux articles sur Emmabuntüs & Jerry.

Si vos lecteurs veulent voir les différentes publications faite sur notre travail nous les encourageons de lire les différents articles sur Emmabuntüs dans leurs langues natales : http://reviews.emmabuntus.org

Sinon pour augmenter notre score il suffit simplement que tous vos lecteurs cliquent sur ce lien une fois par jour, et nous serons les premiers rapidement 😉

10. Quel système exploitation utilisez-vous pour votre ordinateur ?

Pour ma part j’utilise Ubuntu depuis environ 2009, après avoir essayé deux ou trois d’autres distributions Linux qui ne m’ont pas convenu, donc très peu de temps avant de créer Emmabuntüs. A l’heure actuelle j’utilise exactement une Ubuntu 10.04, machine sur laquelle je réalise toujours les Emmabuntüs, et pour mes ordinateurs portables, ils sont équipés des différentes versions d’Emmabuntüs, afin de faire des évaluations, de surveiller les passages de mise à jour, etc.

Par contre les membres de notre collectif pour leur usage personnel utilisent Ubuntu, Debian, Archlinux, mais aussi Windows et Mac OS X. Cette grande diversité permet des échanges plus constructifs dans les choix de développement pour Emmabuntüs.

11. Quelle est votre application favorite ?

Mon application favorite est sans conteste Cairo-Dock, car c’est vraiment cela qui est la pierre angulaire d’Emmabuntüs, et qui apporte cette indépendance à notre distribution par rapport aux versions de base que nous utilisons.

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Nous l’avons fait évoluer entre la première version Emmabuntüs 10.04 et la version 12.04, maintenant il est multilingue, se décline en 3 niveaux d’utilisation, et en fonction du format de l’écran est escamotable ou pas.

12. Lisez-vous Linux notes from DarkDuck ? Que devrions nous changer ou améliorer ?

Désolé mais je n’ai malheureusement pas le temps de lire DarkDuck, ni de suivre le reste de l’actualité du monde Libre. Par contre des membres du collectif font de la veille technologique et c’est eux qui n’informent sur d’éventuels logiciels intéressants pouvant être intégrés à Emmabuntüs.

13. En de dehors de l’informatique, avez-vous d’autres passions ou centres d’intérêts ? (peut-être la famille ?)

Oui, j’avais d’autres passions avant de commencer cette aventure d’Emmabuntüs, et maintenant je n’ai malheureusement plus le temps de me consacrer à ces activités peinture, jogging, escalade.

Emmabuntus, cela a été un tournant dans ma vie, et maintenant à cause de cela ou grâce à cela je suis passé dans des loisirs engagés pour essayer de changer notre société, car Emmabuntus c’est plus qu’une distribution Linux, c’est un collectif qui n’accepte pas la société de consommation que l’on veut nous imposer, et qui est basé sur une économique de croissance dont le modèle économique n’est pas viable à long terme pour notre planète, et donc pour nous 😦

Et la question que nous voulons résoudre est : « Serions-nous dans une parenthèse de l’humanité qui en l’espace de quatre-cinq générations a consommé l’énergie accumulée pendant des dizaines de millions d’années » 😦

Merci pour cette interview ! Je vous souhaite de réussir vous et votre projet !

Merci Dmitry pour cette interview, et d’avoir fait la première revue internationale sur Emmabuntüs il y a juste un an. Je souhaite bonne continuation au site du gentil petit Canard, ainsi que pour tes projets personnels, et je te dis à l’année prochaine 😉

Je tiens aussi à remercier Jean-Marie pour le relecture et les corrections de la version Française et David pour la relecture et la traduction de cette interview en Anglais, mais aussi tous les membres du collectif Emmabuntüs ainsi que ceux des JerryClan, qui œuvrent pour d’« Un jour, le monde sera libre ! ».

Notes

D’après l’ADEME de la fabrication à la mise au rebut, en passant par son utilisation, chaque étape de la vie de ces équipements informatiques peut être quantifiée en impact environnemental : la fabrication d’un ordinateur et son écran nécessite 1,8 tonnes de ressources (240 kg d’énergie fossile, 22 kg de produits chimiques, 1 500 litres d’eau).

Pour le groupe Ecoinfo, la priorité est d’agir. Chacun des membres du groupe le fait à son niveau (achat, maintenance, développement de réseaux) mais chacun d’entre nous peut aussi y contribuer par ses comportements. Leur conclusion : « s’il est déjà possible d’intervenir à toutes les étapes du cycle d’un matériel informatique, l’action la plus efficace que vous puissiez avoir pour limiter l’impact écologique de ces matériels, c’est de réduire les achats et augmenter leur durée de vie ! ».

 

>>> Source sur : http://www.framablog.org/index.php/post/2013/10/07/emmabuntus-plus-qu-une-distribution-linux

Mobile : Firefox OS 1.1 et autres actualités

Espace, frontière de l’infini, vers laquelle voyage le vaisseau spatial Mozilla. Sa mission : explorer de nouveaux mondes étranges, découvrir de nouvelles vies, d’autres civilisations et au mépris du danger, avancer vers l’inconnu.

Frontières de l'infini

Nouveaux territoires

Les téléphones Firefox OS sont déjà distribués en Espagne, Colombie et au Venezuela par l’entreprise espagnole Telefónica, et en Pologne par l’entreprise allemande Deutsche Telekom. Telefónica prévoit de les distribuer également, avant la fin de l’année. au Brésil et dans trois autres pays d’Amérique Latine (puis d’autres pays l’année prochaine). Deutsche Telekom, de son côté, va les distribuer en Allemagne très prochainement, puis en Grèce et en Hongrie. Enfin, avant la fin de l’année, un troisième opérateur, l’entreprise norvégienne Telenor, lancera ces téléphones en Hongrie, Serbie et au Montenegro.

Ces nouveaux lancements témoignent du succès rencontré dans les pays ayant eu la primeur des téléphones propulsés par l’OS de Mozilla.

Parallèlement, la version 1.1 de ce fameux OS arrive…

Lancement de la version 1.1, M. Sulu !

Quelques semaines après le lancement de Firefox OS, la première mise à jour arrive.

Celle-ci offre la prise en charge des MMS, les notifications, des améliorations du côté de la gestion comme de l’importation des contacts, l’autocomplétion des numéros de téléphone, l’autocorrection des mots saisis au clavier virtuel et d’autres perfectionnements de l’interface (recherche de morceaux de musique…), du client de courriels (introduction des brouillons notamment), du navigateur, de l’agenda ainsi que des meilleurs performances (temps de chargements d’applications réduits et scrollings plus fluides).

Du côté de la prise en charge officielle du français, on attend un lancement dans un pays francophone !

Les téléphones déjà en circulation seront mis à jour.

Nouveaux vaisseaux

ZTE qui a déjà lancé son modèle « Open » à bas prix, incluant un processeur simple cœur et un écran de 3.4 pouces (comme Alcatel avec son « One Fire »), prépare pour le premier semestre 2014 un modèle double cœurs avec un écran plus grand.

LG s’inviterait également à la fête.

Nous n’oublions pas bien sûr les geeksphone dont le modèle Peak+ (double cœurs avec un écran 4.3 pouces) a hélas pris un peu de retard à la livraison (et dont les commandes sont pour le moment fermées).

Enfin, Firefox OS commence à investir d’autres appareils à l’image du VIA APC qui se définit comme un ordinateur simple et pas cher (moins de 100$).

>>> Source sur : http://linuxfr.org/news/firefox-os-1-1-et-autres-actualites

Plantation

Plantation

Un homme avait à sa disposition les graines d’un arbre fruitier dont l’espérance de vie moyenne, qu’il ne connaissait pas, était de 40 ans. Il les planta, générant ainsi un verger qui lui donna de beaux fruits au bout de 10 ans, et ce pendant les 30 années qui suivent. Alors à ce moment là, les arbres moururent, en 3 années ils furent tous morts. C’était une grande crise pour le successeur de cet homme, qui reçut le verger pour le gérer à son tour. Il s’ensuivit des années terribles, où le manque de fruits pendant si longtemps s’y fit cruellement sentir. Mais ayant appris de son prédécesseur, il replanta des graines, et cria de joie au bout de 10 ans quand de nouveau le verger donna ses fruits.

30 ans plus tard le successeur du successeur se lamenta devant une nouvelle crise du verger, mais ayant appris de son prédécesseur il traversa tant que bien mal la crise terrible qui s’ensuivit, tout en ayant pensé à replanter ces graines…

Arbre Mort (wikimedia)

Arbre Mort (wikimedia)

Dans une autre contrée, un homme voulant lui aussi générer un verger produisant de beaux fruits, avait à sa disposition des graines de cet arbre. Mais il prit aussi connaissance de cette histoire qui avait été écrite dans des livres différents au cours du temps, où forces explications ésotériques tentaient d’expliquer ces crises par des facteurs divers, mais ces explications n’avaient jamais empêché de nouvelles crises du verger de survenir.

Connaissant la nature des phénomène de résonance, connaissant la nature de la causalité, connaissant la nature néfaste des crises cycliques, il savait que des effets cycliques ont des causes cycliques. Il comprit donc à contre-courant de toutes les thèses diverses qui tentaient d’apporter des explications sur la malédiction des vergers, : « C’est la plantation elle-même qui génère les crises ! ».

Il comprit : « La plantation, n’étant pas continue, mais effectuée d’un seul coup dans un point cyclique du temps, a pour effet la mort cyclique du verger, et donc les crises cycliques qui frappent, de génération en génération les gestionnaires successifs du verger ».

Et il comprit aussi que ces arbres ont une durée de vie moyenne de 40 ans. Alors il se dit : « Je ne veux pas que mes successeurs souffrent de cette ignorance de la nature de la causalité, je ne vais donc pas planter mon verger de cette façon. Je vais planter 10 arbres cette année, puis l’année prochaine 10 nouveaux arbres, et ainsi de suite jusqu’à la 40èmeannée, je transmettrai ensuite cette connaissance et sa raison à mon successeur, qui la transmettra à son tour ».

400 ans plus tard le verger était toujours semblable d’année en année à ce qu’il était l’année précédente, et l’année précédente, et l’année précédente… Parce que la dizaine d’arbres de 40 ans étant arrivée à son terme était replantée, il y avait toujours dans ce verger 40 dizaines d’arbres fruitiers donnant de beaux fruits, une dizaine d’arbres en graines, une dizaine d’arbres de 1 an, une dizaine d’arbre de 2 ans, une dizaine d’arbre de 3 ans, et ainsi de suite jusqu’à une dizaine d’arbres de 40 ans.

Verger (wikimedia)

Verger (wikimedia)

Pour que ce verger soit semblable d’année en année, il fallait toujours, chaque année, replanter 10 / 400 = 2,5% des arbres, parce que 2,5% des arbres mourraient, il fallait non pas sauver les arbres morts, car la mort est inévitable, mais penser à les remplacer rigoureusement en replantant des graines à la place qu’ils occupaient.

Dans ce verger chacun des arbres recevait toujours, année après année, du soleil, de l’eau, et les nutriments nécessaires à la vie d’un arbre. Tout le long de sa vie dans ce verger, chaque arbre recevait cette même quantité nécessaire à son épanouissement, qu’il ait été planté au début de la période de 400 ans, à son milieu, à sa fin, ou au delà.

Quoi qu’ils changent entièrement de 40 ans en 40 ans, l’ensemble des arbres de ce verger était considéré avec justesse comme immuable et libre de toute crise par les générations de gestionnaires qui s’en occupaient.

Les hommes de cette contrée parlaient « du » verger, mais savaient très bien expliquer à leurs successeurs : « bien que l’on dise ‘le’ verger, de 40 ans en 40 ans, la durée de vie moyenne de ces arbres, aucun de ces arbres ne persiste, ils sont tous morts ! Mais pourtant ils sont toujours là, remplacés de génération en génération. C’est parce qu’on leur donne à tous, sans discrimination de leur position ou de leur âge, les mêmes nutriments nécessaires à leur épanouissement tout le long de leur vie, et que les nouvelles graines remplacent chaque année les arbres morts ».

Depuis lors, dans cette contrée, on ne vit plus de crises dans aucun verger qui ait été de même nature que celles vécues par les premières générations.

>>> Source sur : http://www.creationmonetaire.info/2013/10/plantation.html

Electrum – Créez ou gérez facilement vos portefeuilles Bitcoins

Bitcoin est une monnaie électronique décentralisée, conçue dans le but de ne dépendre d’aucun émetteur central. Elle ne nécessite pas d’institution financière ou d’intermédiaire et sa circulation est assurée par un protocole informatique utilisant des procédés cryptographiques très solides et libres. Je vais être franc avec vous et vous avouer que je ne suis pas un grand spécialiste en la matière. Si vous voulez tout savoir sur cette monnaie électronique, je vais donc vous renvoyer sur cette page Wikipedia où vous trouverez tout ce que vous devez savoir sur le sujet. Ce qui nous intéresse dans ce billet c’est Electrum, un petit client Bitcoin, qui va vous permettre de créer ou de gérer vos portefeuilles de manière assez simple et sécurisée.

L’interface d’Electrum est assez basique mais elle contient toutes les options nécessaires à la création et à la gestion de votre portefeuille. Une fois que vous avez téléchargé et lancé Electrum pour la première fois vous serez invité à créer un portefeuille et après avoir choisi un serveur, un seed sera créé pour vous. Gardez le dans un endroit sûr car si vous perdez votre portefeuille, celui-ci vous servira à le restaurer.

Il est fortement conseillé également de chiffrer votre portefeuille à l’aide d’un mot de passe de votre choix, …

>>> Source & suite sur : http://la-vache-libre.org/electrum-creez-ou-gerez-facilement-vos-portefeuilles-bitcoins/

Wonder Woman – Le court métrage

Je ne sais pas si un jour on reverra Wonder Woman au cinéma, mais en attendant, je vous invite à regarder ce court métrage réalisé par Sam Balcomb avec dans le rôle principal Rileah Vanderbilt.

Durant 2 minutes et 30 secondes, découvrez cette Wonder Woman au double visage… A la fois, super héroïne féministe dans un monde d’Humains et amazone répondant au prénom de Diana et combattant les Minotaures sur Themyscira au côté de ses sœurs d’arme.

>>> source sur :  http://korben.info/wonder-woman-le-court-metrage.html

 

Bitcoin, monnaie libre ou pas ?

Bitcoin, monnaie libre ou pas ?

J’ai regardé de près le projet OpenUDC car ses partisans affirment pouvoir définir ce qu’est une monnaie libre ou pas, pointant du doigt que bitcoin serait un logiciel libre mais pas une monnaie libre, au motif que la conception de bitcoin créerait une asymétrie temporelle, favorisant les premiers entrants. Voici pourquoi cet argument est infondé et pourquoi le caractère libre du protocole bitcoin suffit à équilibrer tout effet néfaste d’une éventuelle asymétrie temporaire.

Innovation adoption curve

Commençons par rappeler en quoi consiste le projet openUDC: il s’agit d’un système monétaire qui crée de la monnaie en continu, la masse monétaire étant distribuée à tous les participants sous forme d’un dividende universel.
Il s’agit donc d’une monnaie ”élastique” (à masse monétaire potentiellement illimitée, cf l’excellent livre de Detlev Schlichter sur le sujet) comme l’euro.
Le fait que ce soit un logiciel libre est une évidente nécessité qui devrait s’appliquer à tout système monétaire, pas une caractéristique suffisamment distinctive pour assure le succès d’un projet.

Décision et innovation

Les dérives d’un système privateur comme l’euro ne préparent pas le succès d’un logiciel libre. Seuls les progrès de la conscience par l’éducation peuvent faire bouger les lignes figées par l’ignorance. Le dividende universel (ou le revenu de base) serait une avancée démocratique fondamentale, résultant directement du progrès technologique qui nous affranchit de la nécessité de faire travailler tout le monde.

D’autre modes de distribution de la richesse doivent émerger et le revenu de base est une idée très intéressante.

Mais ces nouveaux modes de distribution ne sont pas et ne seront jamais liés à un système monétaire ou à un autre. En fait, inciter les gens à utiliser un système monétaire pour bénéficier d’une prestation sociale est à l’opposé de la philosophie du logiciel libre. De manière générale, une innovation doit, pour s’imposer, réussir à résoudre correctement UN problème. Tenter, comme openUDC, de résoudre moyennement plusieurs problèmes à la fois avec un projet innovant est le plus sûr moyen d’échouer. La question du dividende universel et celle de l’argent-dette privateur sont deux problèmes liés mais bien distincts. Bitcoin répond très bien au problème de l’argent-dette mais ne prétend pas résoudre tous les maux de la terre.

Les partisans d’openUDC se trompent aussi lorsqu’ils imaginent qu’une monnaie libre ne doit pas faire l’objet de spéculation. La spéculation est un phénomène naturel (car fondé sur la psychologie humaine) qu’on ne peut pas plus éviter que la pluie ou les tremblements de terre. Tout actif liquide est ou sera soumis à l’épreuve de la spéculation. Le blé et les matières premières alimentaires sont affectés par la spéculation. Aujourd’hui, les producteurs de blé font partie des spéculateurs. La spéculation est en réalité facilitée par les monnaies élastiques qui accroissent les risques et donc les effets de levier. Une monnaie “valeur” comme bitcoin (à quantité limitée, appelée aussi monnaie matière première) limite le risque lié à la monnaie et permet donc au producteur de blé d’exploiter son avantage (sa connaissance de la culture du blé) par rapport au spéculateur purement financier.

Enfin, la critique des premiers entrants qui seraient favorisés par bitcoin au détriment des générations suivantes appelle une réponse simple: la génération suivante peut utiliser tout autre système monétaire, dérivé ou pas de bitcoin. Contrairement à l’euro dont l’utilisation nous est imposée, bitcoin est choisi librement et volontairement.

Nous bénéficions aujourd’hui de la richesse produite par les générations précédentes qui avaient accès à l’or et à d’autres matières premières en abondance, utilisant d’autres systèmes monétaires, comme l’euro. Ce qui me semble problématique c’est que les jeunes d’aujourd’hui héritent de la dette transmise par les banquiers d’hier, majoritairement composée d’intérêts “payables” aux banquiers, opérateurs du système de l’euro, dans la continuité du franc et de l’ancien franc.

Il est délirant que les intérêts appliqués sur la dette de l’Etat Français, réputée sans grand risque, engloutissent aujourd’hui l’équivalent de la collecte de l’impôt sur le revenu: le remboursement de la dette est, pour la première fois, le premier poste de dépense dans le budget de l’Etat en 2013, à 47 milliards d’euros, devant le budget de l’enseignement scolaire !

Bitcoin n’étant pas de l’argent dette mais une “valeur” sous-tendu par la capacité du réseau bitcoin à traiter des transactions électroniques, bitcoin ne favorise aucunement la transmission d’une dette. Le réseau bitcoin est une ressource nouvelle, comme le web ou comme Linux, que les nouvelles générations pourront choisir d’utiliser, d’améliorer ou de remplacer. En pratique, si, avec la croissance des transactions, la valeur d’usage du réseau et donc la valeur d’échange des bitcoins augmentent très fortement, il est possible que un ou plusieurs réseaux alternatifs émergent, écartant ainsi la perspective d’une spirale spéculative autour de bitcoin.

>>> Source sur : http://www.e-ducat.fr/bitcoin-monnaie-libre-ou-pas/

Du domaine public comme fondement du revenu de base (et réciproquement ?)

Du domaine public comme fondement du revenu de base (et réciproquement ?)

 

J’ai déjà eu l’occasion de parler récemment du revenu de base, dans un billet consacré à la rémunération des amateurs, mais je voudrais aborder à nouveau la question en lien avec un autre sujet qui m’importe : le domaine public.

A priori, il semble difficile de trouver un rapport entre le revenu de base et le domaine public, au sens de la propriété intellectuelle – à savoir l’ensemble des créations qui ne sont plus ou n’ont jamais été protégées par le droit d’auteur.

Revenu de base, revenu de vie, revenu inconditionnel, dividende universel, salaire à vie, etc : ces différentes appellations renvoient (d’après Wikipedia) au concept d’un « revenu versé par une communauté politique à tous ses membres, sur une base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie« , tout au long de leur existence. La mise en oeuvre d’un tel projet est susceptible d’entraîner des transformations très profondes du système économique, parce qu’il déconnecte le revenu et l’emploi. Elle modifierait notamment notre rapport au « temps libre » (otium), en augmentant notre capacité à nous consacrer bénévolement aux tâches qui nous semblent en valoir la peine.

Human reasons to work by freeworldcharter.org

L’idée peut paraître doucement utopique, mais la présentation ci-dessous par Stanislas Jourdan, un des militants français les plus actifs en faveur du revenu de base, vous permettra de mieux vous familiariser avec ce concept, ainsi qu’avec ses différentes modalités concrètes de mise en pratique. Vous verrez qu’il possède une longue histoire et qu’il est défendu par de nombreux acteurs, de tous bords politiques.

 

 

Le domaine public comme fondement du revenu de base ?

Jusqu’à présent, j’avais commencé à m’intéresser au revenu de base, comme une des pistes possibles pour le financement de la création, susceptible d’accompagner une réforme en faveur du partage non-marchand des oeuvres sur Internet. C’est sous cette forme que le revenu de base figure dans le programme proposé par La Quadrature du Net(à côté d’autres formes de financement mutualisés, comme la contribution créative ou le crowdfunding), ainsi que dans celui du Parti Pirate.

Mais en approfondissant la question, on se rend compte que la notion de domaine public, compris comme bien commun de la connaissance, est souvent avancée comme un des fondements possibles du revenu de base :

L’allocation universelle peut aussi être justifiée comme un dividende monétaire ou crédit social reçu par chacun lié à la propriété commune de la Terre et à un partage des progrès techniques…

Un billet, paru récemment sur le site Revenu de base et intitulé « Nous profitons tous du travail des morts« , détaille cette idée selon laquelle un revenu devrait être versé à tous au titre d’une propriété partagée du savoir :

Si l’ingénieur ou l’ouvrier d’aujourd’hui ont un salaire trois fois supérieur respectivement à l’ingénieur et à l’ouvrier des années 1950, serait-ce parce qu’ils produisent chacun 3 fois plus de richesse que leur homologue des années 1950 ? Et si oui, serait-ce parce que le travailleur d’aujourd’hui est trois fois plus travailleur, trois fois plus ingénieux et donc trois fois plus méritant que le travailleur d’hier ?

Il faut répondre oui à la première question et non à la deuxième. Oui le travailleur d’aujourd’hui est trois fois productif. Mais non, ce n’est pas lié à son propre mérite, au fait qu’il travaillerait trois fois plus ou qu’il serait trois fois plus ingénieux.

Si l’ingénieur et l’ouvrier sont plus productifs, c’est justement grâce au travail que leurs homologues ont réalisé depuis les années 1950 : grâce aux routes, aux chemins de fer et autres infrastructures construites depuis lors, aux machines qui font gagner du temps au travailleur et qui ont été mises au point et fabriquées par les travailleurs du passé, et surtout grâce aux savoirs et aux innovations réalisées par les scientifiques et les inventeurs depuis plus de deux siècles.

[…] ces savoirs et ce capital physique sont un capital commun qui ne saurait être approprié par une minorité sans compensation versée aux autres. Cet argument rejoint celui de Thomas Paine, pour qui l’accaparement des terres productives par des producteurs capitalistes en Angleterre entre le XVIème et le XVIIIème siècle (le mouvement des enclosures) doit donner lieu à une compensation versée à tous, la terre étant un bien commun.

On se situe ici davantage sur le terrain de la propriété industrielle (les inventions et les procédés techniques) que sur celui de la propriété littéraire et artistique (les oeuvres de l’esprit et les créations qui forment au fil du temps le patrimoine culturel). Mais dans un autre article plus ancien, intitulé « Pourquoi les pirates devraient défendre le revenu de base« , Stanislas Jourdan fait un lien plus précis entre le projet de dividende universel et la notion de domaine public, au sens de la propriété intellectuelle :

Les Pirates dénoncent la prétendue évidence selon laquelle le piratage serait néfaste à la culture. Ils dénoncent aussi les lois Hadopi et autres, qu’ils estiment inefficaces et surtout liberticides. Mais il y a quelque chose de plus puissant encore derrière leur justification du partage de la culture.

Le fondement philosophique qui justifie l’idée que les œuvres devraient être réutilisables et partageables, c’est que la création même de ces œuvres repose sur d’autres créations antérieures relevant souvent du domaine public ou simplement d’influences d’autres artistes. De fait, les protections actuelles que confèrent la propriété intellectuelle constituent en réalité un droit illimité d’exploitation mercantile de tout un champ de ressources relevant du domaine public et d’autres œuvres non rémunérées. Le système profite ainsi à une minorité tandis que la majorité des auteurs sont oubliés.

Le revenu de base part du même principe : aucun entrepreneur ne peut prétendre créer de valeur tout seul dans son coin. En vérité, tout ce qu’une entreprise ou un individu crée, il le fait en se reposant sur des productions antécédentes ou parallèles qu’il exploite souvent gratuitement.

Ce raisonnement rejoint de nombreuses analyses que j’ai pu développer dans ce blog depuis des années à propos du processus de la création. Toute création intellectuelle s’enracine dans un fonds pré-existant de notions, d’idées et de références pré-existantes qui en forment la trame et que le créateur va synthétiser et « précipiter » pour produire son oeuvre, en leur imprimant une marque particulière. Chaque écrivain, chaque peintre, chaque musicien est profondément tributaire des créateurs qui l’ont précédé et toute oeuvre par définition peut être considérée comme un remix. Pierre-Joseph Proudhon, dans les Majorats littéraires, tenait déjà en 1868 un discours similaire :

Voilà un champ de blé : pouvez-vous me dire l’épi qui est sorti le premier de terre, et prétendez-vous que les autres qui sont venus à la suite ne doivent leur naissance qu’à son initiative ? Tel est à peu près le rôle de ces créateurs, comme on les nomme, dont on voudrait faire le genre humain redevancier.(…) En fait de littérature et d’art, on peut dire que l’effort du génie est de rendre l’idéal conçu par la masse. Produire, même dans ce sens restreint est chose méritoire assurément, et quand la production est réussie, elle est digne de récompense. Mais ne déshéritons pas pour cela l’Humanité de son domaine : ce serait faire de la Science, de la Littérature et de l’Art un guet-apens à la Raison et à la Liberté.

Le droit d’auteur et la propriété intellectuelle en général ont pour effet de dissimuler cette « dette » que tous les créateurs ont vis-à-vis de leurs anciens, en liant le bénéfice de la protection à la création d’une oeuvre de l’esprit « originale« . A l’origine, la durée relativement courte des droits (10 ans seulement dans la première loi en France sur le droit d’auteur) garantissait l’équilibre du système et faisait en sorte que le monopole temporaire reconnu à l’auteur restait l’exception par rapport au domaine public, qui était l’état « naturel » de la création et de la connaissance.

Extrait de « Tales from the public domain : Bound by law »

 

La dérive du droit d’auteur au cours des 19ème et 20ème siècle, avec l’extension continue de la durée des droits, a provoqué une forme d’expropriation du domaine public au profit d’acteurs (de plus en plus éloignés des auteurs) qui ont pu accaparer cette valeur à titre exclusif. La situation est si dégradée actuellement que par le biais du copyfraud, le domaine public fait l’objet d’attaques répétées qui en réduisent continuellement l’étendue et la portée. Pour reprendre les mots de Proudhon, l’Humanité s’est fait déshériter de ce qui lui appartenait. Disney par exemple a pu puiser sans vergogne dans le fonds des contes du domaine public pour bâtir son succès, mais il a exercé par la suite un lobbying extrêmement puissant pour étendre la durée des droits par le Mickey Mouse Act et neutraliser ainsi le domaine public pendant des décennies aux Etats-Unis. Ainsi fut brisé un élément fondamental du Contrat Social.

Entre les défenseurs du domaine public et ceux du revenu de base, on retrouve donc cette même idée que chaque génération contribue par sa créativité propre à enrichir le patrimoine commun de l’Humanité, mais qu’aucune d’entre elles, ni aucun groupe ou individu en son sein, ne peut prétendre s’arroger une propriété définitive sur ces richesses. Ce principe de justice temporelle est très bien exprimé par Stéphane Laborde, auteur d’une Théorie Relative de la Monnaie, par le biais du concept d’un flux temporel humain, dont on doit prendre conscience pour comprendre pleinement la philosophie du revenu de base :

[…] la tentation est grande pour les vivants de s’arroger des droits de propriété excessifs sur l’espace de vie, violant ainsi les libertés de leurs successeurs. L’histoire est pleine de ces violations des principes fondamentaux, qui conduisent inévitablement à des insurrections à terme.

Le domaine public exprime l’idée que nous possédons tous à titre collectif des droits positifs sur la Culture, comme le dit Philippe Aigrain. Pour compenser la spoliation dont nous faisons l’objet du fait de la propriété intellectuelle, il est juste que chacun reçoive à vie un revenu de base pour assurer sa subsistance et lui permettre de participer à son tour à la création.

Le mensonge fondamental de la propriété intellectuelle.  Le droit d’auteur ne protège pas les générations futures, mais au contraire, il permet aux générations présentes de prendre en otage celles du futur (Extrait de « Tales from the Public Domain. »)

Sans revenu de base, pas de véritable domaine public ?

Si le domaine public, entendu comme bien commun de la connaissance, peut être considéré comme un fondement possible pour le revenu de base, on peut se demander si l’inverse n’est pas également vrai : l’instauration du revenu de base ne doit-elle pas être considérée comme la condition d’existence d’un véritable domaine public ?

Cette idée, a priori assez surprenante, a été récemment formulée par l’auteur et blogueur Thierry Crouzet, dans un billet intitulé : « Le revenu de base comme jardin d’Eden« . Dans ce texte, Thierry Crouzet interpelle différentes communautés  :  développeurs de logiciels libres, militants des biens communs, adeptes du crowdfunding, etc, pour essayer de leur faire prendre conscience qu’aucune modification en profondeur du système n’est possible, tant qu’un revenu de base n’est pas instauré.

Paradis. Lucas Cranach. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.

 

Concernant le logiciel libre par exemple, il tient ces propos, assez décapants :

Sans monnaie libre reposant sur un revenu de base, il ne peut exister de logiciel réellement libre. Sans monnaie libre, les développeurs dépendent pour leur subsistance d’une monnaie privative telle que l’euro. Une économie du partage n’est possible que grâce à des monnaies équitablement partagées, et crées. La priorité de tous les développeurs devrait être de mettre au point la technologie ad hoc, plutôt que de perdre du temps à cloner des produits commerciaux.

Et il ne se montre pas plus tendre avec le crowdfunding par exemple :

Cette technique de financement par le don communautaire restera marginale. Elle profite avant tout aux créateurs de plateformes, qui ponctionnent les échanges, et qui dans leur plan marketing se pressent de mettre en évidence quelques success-stories. Mais une société ne repose pas que sur des stars. Son économie doit profiter à tous. Le crowdfounding n’a aucune chance de fonctionner à grande échelle dans un système monétaire reposant sur la rareté.

A la fin de son billet, il ajoute un passage, qui fait le lien avec le domaine public, en appelant ces différentes communautés à agir de concert :

Communiquer est le maître mot. Et il faut commencer, dès à présent, entre des acteurs de champs encore disjoints, mais qui n’engendreront des transformations profondes que les uns avec les autres. Pas de libre, de domaine public, de gestion sereine des biens communs, sans revenu de base et réciproquement. S’enfermer, refuser la transversalité, c’est encore une fois se condamner et faire le jeu des apôtres de la rareté.

A la première lecture, ce point de vue peut paraître difficilement compréhensible, car le domaine public semble exister indépendamment du revenu de base. Au bout d’une durée de principe de 70 ans après la mort de leur créateur, les oeuvres entrent automatiquement dans le domaine public, revenu de base ou pas.

Mais peut-on dire encore que le domaine public existe réellement aujourd’hui, autrement que comme un concept théorique ? Comme j’ai eu l’occasion si souvent de le déplorer, il est extrêmement difficile de trouver du domaine public « à l’état pur », réellement réutilisable sans restrictions, notamment sous forme numérique. L’essentiel des acteurs impliqués dans la numérisation du patrimoine, qu’ils soient privés comme Google ou publics, comme les musées, bibliothèques ou archives, profitent du passage sous forme numérique pour faire renaître des droits sur le domaine public, ce qui équivaut à une forme d’expropriation conduisant morceau par morceau au démantèlement de la notion.

Philippe Aigrain explique pourquoi ces comportements privateurs pervertissent complètement le sens de l’acte de numérisation :

Ce n’est que dans un univers totalement absurde qu’un simple transfert ou une capture numérique aboutirait à une résultat qui lui ne serait pas dans le domaine public. Le coût de la numérisation ou les précautions nécessaires n’y changent rien. Au contraire, c’est lorsqu’une œuvre a été numérisée que la notion de domaine public prend vraiment tout son sens, puisqu’elle peut alors être infiniment copiée et que l’accès ne fait qu’en augmenter la valeur. L’acte de numérisation d’une œuvre du domaine public est un acte qui crée des droits pour tout un chacun, pas un acte au nom duquel on pourrait nous en priver.

Même à la Bibliothèque numérique du Vatican.
Un gros filigrane en travers des manuscrits numérisés.
Copyright All Right Reserved… Tu ne voleras point…

 

Les seules structures qui respectent intrinsèquement l’intégrité du domaine public ne sont ni privées, ni publiques. Elles sont du côté des communautés attachées à la construction et au maintien de biens communs numériques. Il s’agit de projets portés par des organisations à but non lucratif, comme la fondation WikimediaInternet Archive ou le projet Gutenberg, qui s’attachent à diffuser la connaissance sans l’encapsuler sous de nouvelles couches de droits.

Or ces structures, si l’on observe bien leurs principes de fonctionnement, ne peuvent développer leur action que si des communautés d’individus décident de contribuer bénévolement à leurs projets, en y consacrant de  leur temps et de leurs compétences. Ces organisations restent donc dépendantes d’une économie de la contribution, qui ne pourra véritablement exploser que si les individus sont à même de consacrer leur temps libre aux causes qu’ils soutiennent. Et c’est ici que l’on retombe sur le revenu de base, car c’est sans doute la seule solution pour permettre à ces structures de passer à l’échelle en ce qui concerne la numérisation du domaine public. Pourtant la technologie permettrait sans doute déjà de décentraliser l’effort de numérisation au sein de petites unités, travaillant de manière collaborative, sur le modèle des FabLAbs ou des HackerSpaces.

En l’absence d’une telle réforme de grande ampleur, des organisations comme la fondation Wikimedia, Internet Archive ou le projet Gutenberg sont condamnées à n’avoir qu’une action à la marge, certes utile, mais insuffisante pour modifier le système en profondeur. Leurs moyens financiers restent tributaires des dons que les individus peuvent leur verser ou des dotations de grandes entreprises-mécènes, ce qui les maintient dans la dépendance du système global.

En ce qui concerne le domaine public, l’action de ces structures est bien entendu fondamentale, mais l’essentiel de l’effort de numérisation lui-même reste le fait des Etats ou s’opère de plus en plus dans le cadre de partenariats public-privé. Avec la crise financière que nous traversons, de moins en moins d’Etats seront enclins à consacrer des fonds à la numérisation de leur patrimoine. S’ils le font, ils chercheront à mettre en place des retours financiers, en portant atteinte à l’intégrité du domaine public. Et les partenariats public-privé conduiront également à un résultat désastreux, comme l’a bien montré l’exemple catastrophique de la BnF. Le secteur public, tout comme le privé, est imprégné d’une logique propriétaire, qui le transforme en un danger mortel pour le domaine public lorsqu’il oublie le sens de sa mission.

Pour sortir de la spirale actuelle, il faudrait que les actes de numérisation eux-mêmes puissent être pris en charge par des structures dédiées à la production de biens communs de la connaissance. Certains envisagent la mise en place de Partenariats Public-Communs pour remplacer les partenariats public-privé et il s’agit sans doute d’une idée féconde à creuser. Internet Archive prend déjà en charge une partie de la numérisation des oeuvres du domaine public, tout comme les communautés d’utilisateurs dans le cadre du projet Gutenberg ou de Wikisource transcrivent collaborativement les textes anciens. Mais les résultats atteints aujourd’hui correspondent seulement à une portion limitée, comparé à la masse des oeuvres du domaine public qu’il resterait à faire passer sous forme numérique.

Seul un passage à l’échelle de l’économie de la contribution permettrait à de tels partenariats Public-Communs d’émerger, mais on voit mal comment cela pourrait être possible sans l’avènement d’un revenu de base.

Domaine public et revenu de base : deux exemples de recoupements

Deux exemples récents semblent assez révélateurs des limites du système actuel et de la nécessité de coupler le combat pour la défense du domaine public à celui en faveur du revenu de base.

Le mois dernier, la fondation Internet Archive a par exemple annoncé qu’elle allait désormais rémunérer certains de ses employés en BitCoins et l’organisation a appelé à ce qu’on lui verse des dons dans cette monnaie alternative. Cette évolution est très intéressante, car elle montre comment une structure tournée vers la gestion d’un bien commun numérique peut tirer partie d’un système de monnaie  décentralisée comme Bitcoin.

 

 

Bitcoin constitue un dispositif de création monétaire en P2P qui montre qu’une monnaie peut émerger en dehors de l’action des Etats. Acceptée par WordPress et même par des marchands de pizzas,  elle peut être vue comme une brique intéressante pour bâtir une économie des biens communs.  Mais beaucoup d’observateurs, dont Stéphane Laborde et Stanislas Jourdan que j’ai déjà cités plus haut, mettent en garde contre le fait que le projet BitCoin possède beaucoup de défauts et n’est qu’une sorte de succédané à un revenu de base, qui ne peut être assis que sur une monnaie libre. Pour un acteur comme Internet Archive, BitCoin peut constituer temporairement un appoint en complément des dons classiques qu’il reçoit. Mais fondamentalement, une telle structure aurait bien plus intérêt à ce qu’un revenu de base soit instauré.

Un autre exemple tiré de l’actualité récente met en lumière également le lien entre le domaine public et le revenu de base. L’Open Knowledge Foundation a lancé en 2011 un  projet excellent intitulé The Public Domain Review. Il s’agit de favoriser la redécouverte de trésors du passé numérisés, par le biais d’articles de présentation. Cette démarche de médiation est cruciale pour faire en sorte de replacer les oeuvres du domaine public sous les feux de l’attention, en les réinjectant dans les flux et les réseaux. De ce point de vue, le travail accompli par The Public Domain Review est remarquable, mais il n’est bien sûr pas gratuit et l’initiative n’a pu se lancer que grâce au financement initial par une fondation.

Arrivé au bout de ce premier apport, The Public Domain Review est contraint de lancer un crowdfunding pour pouvoir continuer à exister. Le site a besoin de 20 000 dollars pour tenir jusqu’en 2014 et il fait appel à la générosité des internautes pour pouvoir rassembler cette somme. Sans doute, The Public Domain Review va-t-il réussir à atteindre cet objectif, mais comme le dit plus haut Thierry Crouzet, le crowdfunding n’est pas une solution miracle. Dans une société sans revenu de base, il ne peut avoir qu’un impact marginal, puisque les capacités de financement des individus restent toujours limitées par la rareté de la monnaie.

Le travail d’éditorialisation accompli par The Public Domain review est intéressant, mais il ne représente qu’une goutte d’eau par rapport à l’océan des oeuvres du domaine public qu’il faudrait mettre en valeur. Si le revenu de base existait, les individus disposeraient d’une marge de manoeuvre beaucoup plus grande pour financer de tels projets par le biais du crowdfunding ou pour y contribuer directement en donnant de leur temps. Sans cela, l’action n’est-t-elle pas condamnée à rester symbolique ?

Extension du domaine de la lutte

Cette réflexion sur les liens entre le revenu de base et le domaine public me paraît fondamentale.

Jusqu’à présent, je me suis battu pour le domaine public essentiellement sur un plan légal. J’ai proposé en ce sens une Loi pour le Domaine Public, qui aurait pour effet d’empêcher que des enclosures ne soient posées sur ce bien commun de la connaissance. Une telle réforme aurait à n’en pas douter un effet bénéfique de protection, mais il est clair que ce combat ne peut se limiter au seul terrain du droit et qu’il faut le croiser avec d’autres, pour qu’émergent les conditions de possibilités d’un passage à l’échelle de l’économie collaborative.

Récemment, j’ai participé à un atelier organisé par Hack Your Phd et Without Model autour du thème « Quel modèle économique pour une bibliothèque libre et ouverte ? ». L’exercice était intéressant, mais il a surtout montré deux choses. Si l’on veut que le résultat de la numérisation reste bien libre et ouvert, en respectant l’intégrité du domaine public, il faut que les Etats en assument le financement sans demander de contreparties, ce qui est problématique dans le contexte actuel. L’autre voie consiste à faire appel aux contributions volontaires, mais en l’état, elles paraissent insuffisantes au regard de la tâche immense à accomplir. La Bibliothèque libre et ouverte se heurte à une impasse.

Jusqu’à présent, je restai assez dubitatif concernant l’idée d’un revenu de base, car je pensais qu’il fallait nécessairement que ce soit les Etats qui le mettent en place, et les chances qu’un tel projet soit voté me paraissaient infimes. Une initiative citoyenne européenne en faveur du revenu de base a cependant été lancée en janvier 2012 et elle vient de recevoir le feu vert de la Commission européenne pour récolter un million de signatures.

Mais l’exemple de BitCoin prouve que les Etats peuvent en fait être contournés, par l’émergence d’une monnaie complètement décentralisée et créée entre pairs. Stéphane Laborde a lancé un projet nommé OpenUDC, qui permettrait de mettre en place un dividende universel sur la base d’une monnaie véritablement libre.

Pas de revenu de base sans domaine public, mais pas de domaine public sans revenu de base. C’est la conclusion à laquelle j’arrive et il est sans doute temps d’étendre le domaine de la lutte…

 

>>> Source sur : http://scinfolex.com/2013/03/09/du-domaine-public-comme-fondement-du-revenu-de-base-et-reciproquement/

>>> Licence : CC0 (Domaine Public)

L’édito du 21 octobre 2013

Après 2 semaines de manifestations pour les Biens Communs

Lédito-du-21-octobre-2013

… voici « pour mémo » également 2 petites définitions à connaître issues de wikipédia :

Biens rivaux

« En économie, la notion de biens rivaux désigne les biens dont la consommation par un agent empêche la consommation par d’autres agents (par exemple une pomme, qui ne peut être mangée qu’une fois par une seule personne). À l’inverse, les biens non rivaux sont ceux qui peuvent être consommés par plusieurs agents simultanément sans entrainer de perte (par exemple, la télévision hertzienne, qui peut être captée et regardée par des millions de gens au même moment). La plupart des biens non rivaux sont immatériels.

Les anglo-saxons désignent cette notion par l’expression récente « rivalry » qui a notamment été employée par Lawrence Lessig, professeur de droit à l’université Stanford et créateur du projet Creative Commons.

Lessig constate qu’une partie du malaise observé autour des biens immatériels en général et de la distribution de contenu sur Internet provient de la disparité de nature entre biens matériels et immatériels : quand on vend le bien matériel, on ne l’a plus. Quand on vend le bien immatériel, on le possède encore : pour un des intervenants au moins, il n’y a pas eu échange, mais duplication. Or l’économie a jusque-là essentiellement travaillé sur un paradigme unique qui était celui de l’échange. »

Biens anti-rivaux

« En économie, un bien anti-rival est un bien dont l’usufruit, ou plus précisément l’usus, n’est pas privatif par nature. Autrement dit, l’usage d’un bien anti-rival par une personne n’en diminue pas la disponibilité pour autrui.

Parmi les exemples les plus connus, on peut citer certains biens matériels à coût marginal faible ou nul, comme les ponts ou les lampadaires, ou certains biens immatériels relevant de la connaissance pure, comme le logiciel ou les ouvrages encyclopédiques, lorsqu’ils sont numérisés.

L’adjectif anti-rival est un néologisme, issu de l’anglais anti-rival goods, terme créé par Steven Weber.

La notion rejoint celle de bien public dans le sens où les biens anti-rivaux ne sont pas exclusifs mais librement accessibles à tous, le plus souvent à la suite d’une décision politique, ou d’un choix de société.

Un bien anti-rival peut être le fruit de la création d’un seul individu qui en fait bénéficier la communauté, et qui profite à son tour des apports de celle-ci. En biologie de l’évolution ce mode de production et d’échange est appelé l’altruisme réciproque. »

***

… Je profite également de cet édito pour vous présenter également quelques « explications techniques » sur mon mode de fonctionnement actuel :

(car il est vrai que j’ai essayé divers méthodes depuis mes débuts …)

1/ Je suis abonné au flux RSS d’un grand nombre de sources libres* dans mon client de messagerie Thunderbird que je consulte plus ou moins régulièrement, mais pas nécessairement tous les jours faute de temps.

2/ Lorsque je « tombe » sur un billet qui me semble être intéressant à rediffuser, je le marque avec une étiquette orange pour le publier ultérieurement avec mon shaarli.

3/ Lors de la diffusion de ces liens (agrémenté d’un copier-coller de quelques lignes du billet et de quelques tags appropriés), si à la lecture/relecture je le trouve vraiment intéressant à rediffuser sur l’un de mes 3 blogs, alors je le marque d’une étiquette bleue pour http://sam7blog42.fr/ , d’une étiquette verte pour http://lemessageduplanc.sam7blog42.fr/ , ou d’une étiquette mauve pour http://geek.sam7blog42.fr/

4/ Dès que j’en trouve le temps … et de préférence avant qu’il ne soit trop tard … je publie/rediffuse tout ou partie de ces billets intéressants sur le blog adéquate. Parfois même, ça n’est pas des billets que je publie, mais des pages (en particulier dans mon http://sam7blog42.fr/ )… Ça m’est arrivé à plusieurs reprises de vous en donner de « petites listes » pour vous les faire découvrir … mais il se trouve que ces dernières semaines j’en ai publiées, et que je ne vous ai pas donné les liens … et que j’en ai d’autres de programmées pour les jours à venir : il me faudra donc vous les faire connaître à l’occasion de prochains billets.

Toujours, sauf oubli involontaire, je donne ma ou mes sources en fin de billet en donnant « en clair » le lien vers la (ou les) publication(s) d’origine (car il m’arrive parfois de concocter de petits « mixages »).

Dans la mesure du possible, j’essaye d’être régulier dans la publication sur ces 4 « médias » (à priori entre 1 & 3 fois par semaine sur chaque, ce qui fait entre 4 & 12 publications par semaine, ce qui est honorable car je suis « tout seul », au point que j’en oublie de plus en plus souvent mon google+ que je vais de toute manière sans doute laisser tomber petit à petit …

… Généralement pour les billets, ils sont programmés avec quelques jours ou semaines d’avance, par contre pour  mon shaarli , c’est du « direct ».

Il n’est pas impossible que durant les vacances (scolaires) je réduise momentanément la quantité de publications … il faut bien se reposer de temps à autre 😉

5/ Occasionnellement, mais pas aussi souvent que je l’aimerais, je rédige moi-même un billet sur un sujet qui me tiens à cœur, parfois en mixant différentes sources libres et je le publie sur http://sam7blog42.fr/ : un jour peut-être j’en publierais aussi sur mes 2 autres blogs…

J’essaye de faire cela en respectant l’esprit du libre & les licences libres grâce auxquelles tout ceci est possible. J’aime bien partager tout ces billets … je travail généralement sur mon site (mes 3 blogs + mon shaarli) le soir, après ma journée de travail …

Tout ce que je (re)diffuse donc est (en principe) sous licence libre (généralement CC-BY-SA, et parfois même CC0 … mais j’aimerais bien que tout puisse être du « Domaine Public ».

6/ Un jour prochain j’essaierais un autre « média » pour communiquer, et si ça marche bien & si c’est plus simple/facile & si ça me fait gagner du temps, alors peut-être deviendra-t’il mon « média favoris » … ça fait des mois que j’y pense, et j’espère « passer à l’acte » avant la fin de l’année … pour vous faire découvrir cette « surprise » 🙂 (mais ça semble être un « gros morceau » à mettre en place …)

sam7

(* en espérant ne pas en oublier car j’en rajoute occasionnellement)

Les véritables maîtres du monde

— Snowden n’était qu’un pion, il ne sait rien !

Serré dans un costume trois-pièces de marque, l’homme qui se tient devant nous est un inconnu du grand public. Dans l’ombre, Il travaille pourtant au service des personnalités les plus influentes. Pour accéder jusqu’au bunker où il se terre, il nous a fallu montrer patte-blanche et promettre de ne révéler que le strict minimum. Pas d’appareil photo, pas de dictaphone, pas de téléphone : un simple carnet de note dont le contenu sera vérifié à la sortie.

— Pourquoi avoir décidé de parler ? Pourquoi nous recevoir ?
— Parce qu’il est peut-être temps que l’humanité sache. Les hommes s’indignent d’être espionnés par la NSA ? Ils s’insurgent et brandissent l’étendard de la vie privée ? Ils exigent la neutralité du Net ? La belle affaire ! Mais s’ils savaient quelle menace pèse sur l’humanité…
— Que voulez-vous dire ? À quelle menace faites-vous allusion ?

Il s’arrête un instant et prend une inspiration.
— Très peu de gens sont au courant. Mais les preuves s’accumulent. Les historiens, les sociologues, les ingénieurs de mon équipe, tous confirment cette vérité : l’homme est en fait l’esclave d’une race supérieure. L’homme n’a plus son libre arbitre depuis bien longtemps. Il est contrôlé, manipulé, décérébré. Ils sont parmi nous. Nous sommes leurs instruments.
— Mais qui sont-ils ? De qui voulez-vous parler ?

D’un tour de siège, il se lève et s’arrête un instant le regard tourné vers le mur nu. Les mains croisées dans le dos, il maugrée des phrases inintelligibles. Puis, brusquement, il se tourne vers nous.
— Je parle bien entendu des chats ! Les chats qui ont inspirés toutes les grandes découvertes, les chats qui avaient réussi à prendre le contrôle total de l’Égypte antique. Les chats qui, après le déclin de celle-ci, ont compris leur échec et ont décidé de construire une humanité globale, sans risque de se voir renverser. À toutes les étapes importantes de l’histoire, les chats étaient là. Au moyen-âge, pour des raisons de superstition, les chats ont été persécutés. Durant ces siècles, l’humanité a stagné, le niveau scientifique et technologique a même régressé. Mais les chats sont patients. Chaque grand scientifique, chaque grand découvreur était la marionnette d’un chat. Internet est leur chef d’œuvre.
— Internet ?
— Toute la recherche intermédiaire n’était qu’un prétexte à développer la technologie. La conquête spatiale ? Utile pour mettre au point les ordinateurs mais, une fois ce but atteint, sans intérêt. Pourquoi croyez-vous, après avoir envoyé des hommes sur la Lune, que nous ne soyons plus capables que de réaliser quelques expériences en apesanteur ? Parce que ça n’intéresse pas les chats !
— Mais que veulent-ils ?
— Le contrôle absolu, tout simplement. Internet n’est qu’un instrument, planifié longtemps à l’avance.
— Avez-vous des preuves de ce que vous avancez ?
— Des preuves ? Oh, j’ai bien plus que ça.

Il appuie sur un bouton. Un graphique est projeté sur un écran derrière lui.
— Au début d’Internet, on considérait que la majeure partie des échanges étaient soit du spam, soit du porno. Mais il ne s’agissait que de tester l’infrastructure. Une fois la technologie bien au point, les chats sont passés à l’attaque. Aujourd’hui, grâce à PRISM, programme mis au point ici-même, nous savons que 84% du trafic Internet mondial concerne les chats.
— Excusez-moi mais j’ai du mal à voir l’intérêt qu’aurait Internet pour un chat.
— Il est pourtant simple ! Ils l’utilisent comme un outil d’asservissement subliminal. Chaque jour, 16.874 utilisateurs de Facebook succombent et adoptent un chaton dont ils vont publier le moindre mouvement sur le réseau social, amplifiant le phénomène. Observez les chiffres exacts, ils sont irréfutables !

Les graphiques se suivent et alternent avec des nombres, des observations, des citations de rapports secrets. Je suis profondément troublé.
— Pourquoi ne pas l’avoir dit plutôt ?
— Nous avons toujours eu peur de la panique qui pourrait s’emparer des humains. Nous ne savons pas comment les chats pourraient répliquer à une attaque frontale. Les grands dirigeants ont choisi de garder cette guerre secrète. Mais, après Snowden, je pense qu’il est déjà trop tard. Il faut avertir l’humanité. C’est pourquoi j’ai décidé de parler.
— Quel a été votre rôle exact ?
— J’ai été chargé de mettre en place une solution, une arme de défense. La création d’un gigantesque filtre anti-chat, mille fois plus puissant que les filtres antispam. Pour cela, il nous fallait prendre le contrôle d’Internet. C’est pour ce projet que Snowden était engagé mais il n’a jamais compris le but réel de son travail. Par contre, il est évident que les chats ont fait le rapprochement entre eux et la NSA. C’est pour cela que je souhaite rendre le problème public. Il ne sert plus à rien de rester caché.
— Ne craignez-vous pas que les défections du genre de Snowden se multiplient ?
— Le cœur de notre équipe travaille ici, dans ce bunker secret. Nous ne sortons pas et nous n’aurons pas de contact avec l’extérieur tant qu’une parade mentale ne sera pas trouvée.
— Ce n’est pas trop dur ? Votre famille ne vous manque-t-elle pas trop ?

Sur un profond soupir, il s’empare d’un cadre photo qui décore son bureau.
— Si, parfois, elle me manque. Surtout la nuit, lorsque mon lit est vide.

Il embrasse la photo et la tourne vers nous. J’aperçois avec surprise le portrait d’un magnifique chat tigré se prélassant près d’une fenêtre. Il sourit.
— C’est Croquette, ma petite chatte angora. Si vous pouviez l’entendre ronronner, un vrai moteur diesel. Ce jour là, elle avait attrapé une souris…

Les véritables maîtres du monde

>>> Source sur : http://ploum.net/les-veritables-maitres-du-monde/

Ce que le Monopoly peut nous apprendre sur les biens communs

A la fin de la semaine, la rumeur a couru qu’Hasbro avait l’intention de supprimer la case prison du célèbre Monopoly, afin de diminuer la durée des parties. La nouvelle a suscité une certaine émotion chez les aficionados du jeu, avant que l’éditeur ne publie un démenti. L’objet du présent billet n’est pas d’épiloguer sur cet épisode, mais à cette occasion, il se trouve que j’ai rebondi d’articles en articles sur les pages Wikipedia parlant du Monopoly.  On y apprend des choses assez fascinantes sur les origines de ce jeu, notamment du point de vue de la propriété intellectuelle.

L’Histoire du Monopoly a quelque chose d’important à nous dire à propos des biens communs, sur la manière dont ils peuvent naître, mais aussi disparaître.

Monopoly Jail. Par Melissa Hinca-Ownby. CC-BY-NC-SA. Source : Flickr.

Le Monopoly, un serious game sur les biens communs ?

Le Monopoly a en effet l’image du jeu capitaliste par excellence, où l’on joue avec de l’argent pour se livrer à de la spéculation immobilière, dans l’objectif de pousser ses adversaires à la banqueroute. Mais il faut savoir qu’à l’origine, le Monopoly est dérivé d’un jeu plus ancien, dont le but était de montrer les effets sociaux négatifs de l’appropriation des terres et du système de rente qui l’accompagne.

C’est en 1903 qu’une américaine du nom de Elizabeth (Lizzie) J. Magie Phillips a l’idée de passer par un jeu – le Landlord’s Game – pour mieux faire comprendre les théories de l’économiste Henry George. Celui-ci, à l’origine d’un mouvement appelé le Georgisme,estimait que s’il existe bien une propriété sur ce que les hommes créent par eux-mêmes, il n’en est pas de même pour les objets naturels, et notamment les terres, qui devraient appartenir à tous. Pour compenser les effets négatifs sur le plan social du monopole exercé par les propriétaires fonciers, il prônait la mise en place d’une land value taxafin de partager la rente au sein de la société.

L’article de la Wikipedia en anglais, consacré à Henry George, est intéressant à citer (je traduis) :

Henry George est connu pour avoir défendu l’idée que l’économie de la rente foncière devait être partagée au sein de la société plutôt que faire l’objet d’une appropriation privée. On peut trouver l’expression la plus claire de ce point de vue dans l’ouvrage Progrès et Pauvreté : « Nous devons faire des terres une propriété commune ». En taxant la valeur des terres, la société serait en mesure de se réapproprier son héritage commun et d’éliminer le besoin d’instaurer des taxes sur l’activité productive […]

Plusieurs environnementalistes, comme Bolton Hall ou Ralph Borsodi, ont repris cette idée que la Terre doit être considérée comme une propriété commune de l’Humanité. Le Parti Vert américain a repris dans son programme l’idée d’une taxe écologique, incluant une taxation de la valeur des terres et des taxes ou des amendes sur les activités polluantes […].

Henry George. Domaine Public. Source : Wikimedia Commons.

Ces conceptions font écho à certains éléments de la théorie des communs, et notamment à l’épisode du mouvement des enclosures, qui vit les seigneurs anglais du XIIIème au XVIIème siècle, démanteler progressivement les droits d’usage dont bénéficiaient les populations pour certains champs ou forêts. Ce « drame historique » originel est fondateur de la pensée des biens communs et il est toujours présent aujourd’hui au sein de ceux qui réclament la récupération des biens communs de la nature, notamment pour lutter contre la crise environnementale.

Il n’est donc pas abusif de dire que le Landlord’s Game de Lizzie L. Maggie Phillips était une sorte de serious game avant l’heure, destiné à faciliter la compréhension d’une théorie proche de l’esprit des Biens Communs ! Il n’en reste pas moins que Lizzie choisit de déposer un brevet sur création, qui lui fut accordé en 1904, et elle chercha sans succès à placer le jeu chez un éditeur pour le faire diffuser. Du point de vue de la propriété intellectuelle, elle s’est donc placée du côté de l’appropriation privée et vous allez voir que ce ne sera pas sans conséquence sur la destinée du jeu !

Le plateau du Landlord’s Game, d’après le brevet déposé en 1904.

Par Lucius Kwok. CC-BY. Source : Wikimedia Commons.

L’histoire d’un jeu « volé »

En effet, si aucun éditeur ne fut intéressé par le jeu, jugé trop complexe, il commença néanmoins à se répandre aux Etats-Unis, à partir de versions artisanales fabriquées par Lizzie Maggie. Au cours de ce processus de dissémination, de nombreuses personnes apportèrent des modifications et des améliorations successives au jeu. Une version notamment, appelée The Fascinating Game Of Finance, commença à devenir populaire dans certaines universités (dont le MIT). Au début des années 30, un certain Charles Todd rencontra à Atlantic City une personne dénommée Charles Darrow, à qui il apprit ce jeu. La crise de 29 sévissait alors et Charles Darrow, qui cherchait à rebondir après avoir perdu son emploi, décida de perfectionner le jeu et d’essayer de le caser chez un éditeur. Aidé par sa famille et un dessinateur qu’il embaucha, il apporta de nouvelles modifications, notamment sur le graphisme des cases, et finit par déposer un copyright sur le tout en 1933.

Portrait de Charles Darrow. Source : Wikimedia Commons

Il tenta sa chance auprès de l’éditeur de jeux Parker Brothers, mais il essuya lui aussi un refus, le jeu étant toujours jugé trop compliqué. Il décida alors de le publier lui-même de manière artisanale et le jeu rencontra rapidement un tel succès que Parker Brothers se mit à reconsidérer son point de vue. Les deux parties firent affaire et Charles Darrowdéposa un brevet en 1935, que l’éditeur acquit afin de pouvoir diffuser le jeu sous le titre de Monopoly.

Par la suite, le jeu connut le destin que l’on sait, mais Charles Darrow prit le soin de se présenter comme le créateur unique du jeu, en gommant soigneusement les apports de ses prédécesseurs et en particulier ceux de Lizzie Maggie. Le message originel du Landlord’s Game, et ses critiques du monopole sur les propriétés foncières, fut maquillé et oublié, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que cette simulation cynique de spéculation immobilière que nous connaissons.

Le plateau de jeu créé par Darrow était circulaire. Une des modifications qu’il introduisit a « perverti » le sens du jeu original de Lizzie Maggie. En effet, dans son jeu, on achète les terrains, alors que dans le LandLord’s Game, on les loue. (Source de l’image : The History Blog)

Lizzie Maggie protesta cependant en 1936, par le biais d’un article paru dans la presse, en rappelant la filiation du Monopoly avec son propre jeu. Parker Brothers choisit alors de sécuriser ses arrières en achetant les droits sur le Landlord’s Game à Lizzie Maggie pour 500 dollars, avec l’engagement qu’il diffuserait son jeu, mais sans prévoir de royalties dans le contrat, ce qui signifie que Lizzie renoncerait à exercer son copyright. La Wikipedia française indique que Lizzie Maggie a peut-être renoncé volontairement à ses droits sur le jeu pour en assurer une meilleure diffusion :

En 1931, Charles Darrow, chômeur, découvre le jeu grâce à des voisins. Il crée alors un jeu très proche et le propose à Parker Brothers, qui le refuse notamment parce qu’il était trop complexe. Charles Darrow commercialise alors le jeu par ses propres moyens et obtient un succès tel qu’en 1935, Parker Brothers lui achète les droits du jeu. La firme rachète ensuite les droits originaux à Elizabeth Magie en 1936 ; celle-ci les cède à bas prix, sans droits d’auteur : elle n’est pas intéressée par l’argent mais veut la diffusion du message du jeu.

Toujours est-il que Parker Brothers diffusa confidentiellement le Landlord’s Game, alors qu’il tira le Monopoly à des dizaines de milliers d’exemplaires. Il prit également le soin de racheter les brevets déposés sur d’autres versions du jeu, comme The Fascinating Game of Finance, afin de se protéger au maximum. Dans le même temps, Charles Darrow fut mis systématiquement en avant afin d’accréditer la thèse d’un créateur unique. Parker Brothers réussit donc, par une sorte de mise en abîme, par recréer un monopole de propriété intellectuelle sur le jeu, alors qu’il était largement le fruit d’un processus de création collective. La stratégie était payante, puisque Darrow – premier créateur de jeu à être devenu millionnaire – étant décédé en 1967, le Monopoly restera protégé jusqu’en… 2038 !

Monopoly vs Anti-Monopoly

Néanmoins, la « supercherie » de Darrow finit par être révélée, à l’occasion d’une affaire en justice retentissante, qui a éclaté en 1973 et ne s’est achevée qu’en 1985. Ralph Anspach, professeur d’économie, avait décidé de créer un Anti-Monopoly, car il trouvait que le Monopoly donnait une image trop positive des monopoles (notez que cette impression vient du fait que Darrow a modifié l’esprit initial du Landlord’s Game de Lizzie Maggie). Mais Parker Brothers a estimé qu’il y avait là violation de la marque qu’il détenait sur le Monopoly. Il s’en est suivi un véritable pugilat judiciaire au cours duquel Anspach pour se défendre a mis à jour les origines du Monopoly et les nombreux emprunts de Darrow à des versions antérieures.

Anti-Monopoly Cover. Source : Wikimedia Commons.

Anspach choisit alors un angle de défense particulièrement intéressant. Il soutint en effet que le Monopoly du fait de l’appropriation collective dont il avait fait l’objet jusqu’aux années 30 était en fait dans le domaine public avant que Parker Brothers n’en acquière les droits. Et la justice lui donna dans un premier temps raison, en considérant qu’il y a avait bien eu « dilution » de la marque Monopoly sur laquelle Parker Brothers ne pouvait revendiquer d’exclusivité. Mais la société réagit en menant une campagne de lobbying forcenée qui conduisit le Congrès à modifier la loi sur le droit des marques aux Etats-Unis pour empêcher que le Monopoly ne tombe dans le domaine public.

Finalement, l’affaire se régla au bout de plus de 10 années de litiges en 1985, par un arrangement, en vertu duquel Parker Brothers conserva sa marque et Anspach obtint des dédommagements et une licence pour commercialiser l’Anti-Monopoly. Au cours du procès cependant, il fut révélé que Darrow avait servilement copié certains éléments du jeu, allant jusqu’à reproduire des fautes d’orthographe commises par Charles Todd, son voisin qui lui avait montré la première fois comment jouer à partir d’une version de son cru…

Et si le Monopoly avait été publié sous Copyleft ?

Au final, cette histoire est édifiante, dans la mesure où elle montre combien il est difficile de constituer une chose en bien commun, qui ne puisse plus faire l’objet appropriation exclusive. La volonté de Lizzie Maggie semblait bien à l’origine de faire en sorte que son jeu se diffuse le plus largement possible afin de répandre ses idées. Mais en renonçant à ses droits au bénéfice de Parker Brothers, elle leur a permis en réalité d’enclencher un processus de réappropriation de sa création, avec au final un détournement majeur du sens qu’elle voulait lui donner. Le comportement de Charles Darrow montre aussi la fragilité de ces créations collectives, nées dans la Vallée du Folklore, qui peuvent toujours basculer sous la coupe d’un seul, se faisant passer pour le démiurge ayant tout inventé.

Cette histoire rappelle aussi le destin de la nouvelle « L’homme qui plantait des arbres » de Jean Giono, sur laquelle il ne réclama pas de droits sa vie durant afin qu’elle se diffuse, mais qui a terminé copyrightée chez Gallimard après la mort de l’auteur.

En réalité, si nous transposions cette histoire à notre époque, Lizzie Maggie aurait eu le moyen d’accomplir son dessein en se prévenant de ces risques. Au lieu de déposer un brevet sur sa création, elle aurait pu la publier sous licence Creative Commons CC-BY-SA. En la faisant connaître sur Internet, elle aurait évité d’avoir à passer par un intermédiaire de type d’éditeur, avec de forts risques d’accaparement des droits. Le Landlord’s Game aurait pu faire l’objet d’un processus d’appropriation et d’amélioration collectives, à la différence qu’à la manière d’un logiciel libre, toutes les versions dérivées auraient dû rester sous CC-BY-SA, en vertu de la clause de partage à l’identique.

Sa création serait restée ainsi libre et elle n’aurait pas connu cette « dégénérescence » sous la forme du Monopoly… Voilà donc ce que nous apprend le Monopoly sur les biens communs : l’importance fondamentale des mécanismes prévenant la réappropriation exclusive et notamment des clauses Copyleft de partage à l’identique.

Revanche du Landlord’s Game ?

Mais l’histoire n’est pas encore entièrement finie et le Landlord’s Game aura peut-être un jour sa revanche sur le Monopoly. En effet, il y a quelques mois, des défenseurs du revenu de base et de la monnaie libre ont « hacké » les règles du jeu pour le transformer en « Monopoly relativiste ». L’idée consiste à distribuer aux joueurs un revenu de base, afin de leur permettre d’assimiler cette notion et son impact sur les échanges économiques.

On revient donc ici à l’esprit même du Landlord’s Game et nul doute que Lizzie Maggie aurait apprécié ce pied-de-nez ! D’autant plus que le revenu de base a plus d’un lien avec la théorie des biens communs, ce que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ici. Le revenu de base peut en effet être justifié par le fait que nous disposons d’une propriété commune sur le capital culturel, scientifique et technique que nous ont légué nos ancêtres et que nous léguerons à notre tour aux générations futures.

Pensez-y la prochaine fois que vous jouerez au Monopoly, mais surtout ayez une pensée pour Lizzie Maggie !

>>> Source sur :  http://scinfolex.com/2013/07/28/ce-que-le-monopoly-peut-nous-apprendre-sur-les-biens-communs/